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samedi 29 mars 2014

205-LE RECOUVREMENT DANS LA SCULPTURE CONTEMPORAINE




- MAGRITTE René (1898-1967), Les Amants (I), 1928, 
huile sur toile, 74,3x61,3 cm, New York, Museum of Modern Art
l'un des quatre tableaux de la série réalisée cette même année.

- BELLMER Hans (1902-1975), Tenir au frais, 1958,
collage photographique et gouache sur panneau de bois, servant de maquette à la couverture de la revue Le Surréalisme, même, n° 4, printemps 1958,
travail sur le thème de la violence sexuelle exercée sur le corps féminin, en relation avec le pièce de l'écrivain romantique allemand,
 Heinrich von Kleist (1777-1811), Penthesilea (1808).


- WOODMAN Francesca (1958-1981), Untitled, from Space 2 Series, Providence, Rhode Island, 1976, tirage argentique,
autoportrait nu de l'artiste disparaissant derrière le papier-peint d'une maison abandonnée.

- WOODMAN Francesca (1958-1981), Untitled, Providence, Rhode Island, 1975-1978,
corps nu debout et corps recouvert couché.

- HORVAT Franck (né en 1928), Gres Fashion, Paris, 1984,
photo couleur pour Frakfurter Allgemeine Magazine
femme relevant les bras et masquant intégralement son corps avec le plissé de sa robe.

- PERNOT Mathieu (né en 1970), série Les Migrants, 2009,
photographie couleur, tirage lambda contrecollé sur aluminium, 95x135 cm, Paris, Galerie Eric Dupont,
jeunes migrants afghans dormant sur les trottoirs de Paris.





Le recouvrement, l'enveloppement ou l’empaquetage est l'une des pratiques spécifiques de la sculpture contemporaine (Dadaïsme, Surréalisme, Land Art, installations, performances...). L'objet, la chose, l'architecture, le lieu, le corps vont être recouverts d'une matière, voire ficelés.

L'élément recouvert perd ainsi son identité visuelle, sa forme, sa matière, sa couleur au profit du tissu qui le recouvre, avec sa couleur, sa texture et ses plis. Il se crée un jeu de présence/absence, d'apparition/disparition, d'intérieur/extérieur. L'élément est là, plus ou moins discernable et fantomatique. La dissimulation est une source de mystère, de fantasme ou de frustration.

Au-delà du regard, le recouvrement protège également l'élément recouvert des agressions, comme on protège d'une couverture un meuble d'une maison inoccupée de la poussière ou un objet fragile du déménagement, ou encore comme on protège d'un sac plastique les arbustes du gel. Parfois même le sculpteur empaquette l'élément, comme d'un paquet cadeau, ménageant la surprise.
Le recouvrement dans la sculpture peut être ainsi, comme dans la vie quotidienne, un élément éphémère et transitoire qui permet la métamorphose du réel ainsi qu'un regard renouvelé une fois l'élément découvert. Le recouvrement peut cependant être définitif et conserver la part de mystère.

Cependant, le tissu intervient aussi comme un élément révélateur car c'est lui qui est exposé, lui qui recouvre tout, lui qui est déformé et qui s'adapte à l'élément comme une peau (d'autant plus que la matière est parfois animale, cuir ou laine). Il s'établit alors un jeu semblable à celui de la sculpture contemporaine dans son rapport entre la sculpture et le socle (ou le piédestal), socle qui peut disparaître totalement ou devenir le sujet même de l'oeuvre. De plus le recouvrement rappelle la négation des matériaux nobles et durs de la sculpture et les remplace par des matériaux pauvres, contemporains, souples et fragiles ; la masse traditionnelle est cependant conservée.

SANMARTINO Giuseppe (1720-1793), Le Christ voilé, 1753,
Naples, Chapelle Sansevero.

Rome, Musées du Vatican, photo personnelle.

Enfin, il faut évoquer le recouvrement du corps humain, notamment  dans des performances, œuvres éphémères dont la trace est souvent conservée par la photographie. De nombreuses images surgissent alors en rapport à la vie réelle et à la peinture, porteuses de symboles de vie et de mort :  le corps du nouveau-né emmailloté, celui de l'enfant recouvert du drap qui transforme son lit en tente ou en cabane, celui du cadavre dans son linceul et la momie, celui du fantôme sous son drap, celui du religieux dans son habit et son voile ou du mannequin dans un défilé ... 
D'autres images surgissent également mais cette fois en rapport à la tradition sculpturale : les draperies bouffantes ou mouillées des vêtements de la sculpture grecque antique, de la sculpture baroque ou encore de la sculpture symboliste, tour à tour masquant ou révélant le corps et rivalisant avec la figure comme morceau d'excellence du sculpteur, les sculptures allégoriques de femmes voilées (Vertu, Mort), les gisants drapés, gothiques et néo-gothiques des chapelles et des cimetières, les vrais tissus habillant les sculptures sacrées antiques et médiévales, le drap recouvrant les statues de personnages célèbres jusqu'à leur inauguration, ou encore les bâches plastique protégeant les modelages en argile du séchage ou les statues en extérieur du gel et identifiant dans un musée les sculptures en partance pour une exposition.


- DUCHAMP Marcel (1887-1968), Pliant de voyage, 1916,
housse souple et brillante de machine à écrire Underwood, cachant de sa matière en skaï l'objet en-dessous, jouant sur la marque et le mot
 " Underwood "qui peut également renvoyer à la publication Underwood de cartes érotiques de l'époque, signifier "sous-bois" 
ou évoquer sa relation à Béatrice Wood, "Sous Wood", avec un objet qui est aussi un siège évoquant l'absence de corps au-dessus.
L'original a disparu, sans photo d'époque. Une réplique est présente dans La Boîte en valise et d'autres seront éditées en 1964,
 notamment surélevées sur un mât métallique.


- MAN RAY (RUDZITSKY Emmanuel, 1890-1976), L’Énigme d'Isidore Ducasse le Rébus ou encore Objet inconnu enveloppé dans une étoffe, 1920,
oeuvre perdue, machine à coudre, laine et ficelle,
oeuvre inspirée par la phrase de l'écrivain LAUTREAMONT, dont le vrai nom est Isidore DUCASSE (1846-1870), 
extraite des Chants de Maldoror : "Beau comme la rencontre accidentelle, sur une table de dissection, d'une machine à coudre et d'un parapluie".
 La machine à coudre a été enveloppée dans une couverture de l'armée tenue par des cordes.


- OPPENHEIM Meret (1913-1985), Le déjeuner en fourrure, 1936,
assemblage, déjeuner de marque (grandes soucoupe, tasse et cuillère)
 recouvert de fourrure de gazelle chinoise, 10,9x7,3 cm, New-York, MOMA.



- HENRY Maurice (1907-1984), Hommage à Paganini, 1936/1968,
assemblage (objet surréaliste), violon serré par des bandes Velpeau, 24,5x52x10 cm, Milan, Guido Peruz - Archivio Maurice Henry.



- ARP Jean (1886-1966), Mannequin (Papapillon), 1938,
l'un des 16 mannequins surréalistes installés par les artistes lors de l'Exposition Internationale du Surréalisme,
 Paris, Galerie des Beaux-Arts, 1938, dans le Couloir des Mannequins - Les plus Belles Rues de Paris,
mannequin recouvert d'un grand sac de toile cirée noire opaque avec inscrit en jaune le mot "Papapillon" pour le haut
et revêtu d'un long tissu blanc pour le bas,
photographie de Denise Bellon, tirage gélatino-argentique, 21,5x22,5 cm, Paris, Fonds photographique Denise Bellon.



- SATO Seiichi (?-?), Performance, Manifestation en plein air du Groupe japonais Gutai, avril 1956,
l'artiste s'enferme dans un sac suspendu à un arbre en tant que sculpture vivante.



CHRISTO ET JEANNE-CLAUDE

 - CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935), Wrapped Bottle, 1958,
tissu, corde, vernis, peinture, sable et bouteille, 20,3 x 7,6 cm,  
Carbondale (USA), Collection Kimiko et John Powers. 

- CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935), Christo with Wrapped Woman, 1961,
maison d'Yves Klein, photo Harry Shunk.

 - CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935) and JEANNE-CLAUDE (DENAT de GUILLEBON Jeanne-Claude, 1935-2009)Dockside Packages,
 Cologne Harbor, 1961.

- CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935), Wrapped Motorcycle, 1962,
polyéthylène, corde et moto, 97x170x50 cm,
Collection Philippe et Denyse Durand-Ruel (France).

 - CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935), Wrapped Portrait of Jeanne-Claude, 1963,
huile sur toile enveloppée avec du polyéthylène et de la corde, 
sur panneau de bois noir, 78,5x51,2x5 cm, Collection David Copley (USA).

 - CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935), Arbre empaqueté, projet de monument pour l'usine TSpectrum à Bergeyk, Hollande, 1964-65, 
collage, crayon, fusain, acrylique et peinture à l'émail, polyéthylène, core, ficelle, carton et bois, Collection privée (Europe).

- CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935) and JEANNE-CLAUDE (DENAT de GUILLEBON Jeanne-Claude, 1935-2009), Kunsthalle Bern Wrapped, 1967-68,
Project for 50th Anniversary of the Kunsthalle, Bern, Switzerland, Scale Model, 1967,
tissu, ficelle, corde, masonite, bois et peinture acrylique, 59,7x71,5x92,2 cm,
ce musée suisse a été le premier bâtiment à être enveloppé par Christo et Jeanne-Claude.

 - CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935) and JEANNE-CLAUDE (DENAT de GUILLEBON Jeanne-Claude, 1935-2009), Kusthalle Bern - Packed,
 1967-68,
Drawing, 1968, crayons, 101,5x152,5 cm.

- CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935) and JEANNE-CLAUDE (DENAT de GUILLEBON Jeanne-Claude, 1935-2009), Wrapped Coast, One Million Square Feet, Little Bay, Sydney, Australia, 1968-69,
une section de la côte australienne de 2,4 km a été enveloppée de tissu (92.903 m2) et de cordes (56,3 km), photo Harry Shunk.

- CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935) and JEANNE-CLAUDE (DENAT de GUILLEBON Jeanne-Claude, 1935-2009), Wrapped Reichstag, Berlin, 1971-1995,
tissu argenté et cordes bleues soulignant les caractéristiques et les proportions de la structure imposante,
photo Wolfgang Volz.

 - CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935) and JEANNE-CLAUDE (DENAT de GUILLEBON Jeanne-Claude, 1935-2009), Wrapped Trees, Foundation Beyeler and Berower Park, Riehen, Switzerland, 1997-1998.

- CHRISTO (JAVACHEFF Christo, né en 1935), Wrapped Snoopy-House, 2003,
musée Charles M. Schulz, en réponse au clin d’œil fait par le dessinateur dans sa B.D. en 1978.





- DIETMAN Erik (1937-2002), Tableau malade, 1960,
bois et tissu, assemblage de sa "période sparadrap", où de 1960 à 1967, il recouvre des éléments de gaze, de tissu ou de sparadrap.

- DIETMAN Erik (1937-2002), La Coiffeuse, 1963,
bois et sparadrap, 136x70x45 cm, Paris, MNAM.


- MANZONI Piero (1933-1963), Achrome (Pacco), 1962,
pack en papier d'emballage, corde, métal, huile, sur toile 60x90 cm, Collection privée.


- AKASEGAWA Genpei (AKASEGAWA Katsuhiho, né en 1937), 1.000 Yen-Note Trial, Impound Objects, 1963,
différentes œuvres de l'artistes sont réunies ici, Masque (37x25x19 cm), Valise (30x40x8 cm), Bouteille, Ciseaux et Marteau,
l'artiste a été poursuivi en justice pour contrefaçon, ayant empaquetés ses objets dans des faux billets de 1.000 Yens.


- BRUS Günter (né en 1938), Ana, fin 1964,
action, Vienne, appartement Muehl, tirage argentique, 39,5x29, 4 cm,
et film 16 mm de 2 minutes 40, noir et blanc et muet.
L'artiste (l'un des fondateurs de l'Actionnisme Viennois) naît en se dégageant de lambeaux de drap dans une pièce peinte en blanc comme le corps nu de sa femme Ana, avant une bataille de peinture sombre sur les corps, les objets et les murs (métaphore de l'acte de peindre).


- BEUYS Joseph (1921-1986), Infiltration homogène pour piano à queue, 1966,
 piano à queue entièrement recouvert de feutre gris, croix rouge en tissu, 100x152x240 cm, Paris, MNAM.
La volonté de présenter l'instrument muet est renforcée par le recouvrement de feutre et renforce la sensation de silence.

- BEUYS Joseph (1921-1986), I like America and America likes me, New-York, mai 1974,
l'artiste, recouvert de feutre, avec chapeau, canne, triangle et lampe torche,
 coexiste pendant trois jours avec un coyote symbolique de l'Amérique et de ses Indiens.


- FABRO Luciano (1936-2007), Lo Spirato, 1968-1973,
marbre, Milan, vue de l'installation, PAC.


- MOORMAN Charlotte (1933-1991), Performance, New-York, MOMA, 1969 (?),
capture d'images de vidéo noir et blanc,
l'artiste, sur scène face au public, se glisse avec l'archet de son violoncelle sous une bâche de tente, s'y dénude et dévoile progressivement, par une fenêtre de la bâche, toutes les parties de son corps.



- TAPIES Antoni (1923-2012), Cadira coberta (Chaise recouverte), 1970,
objet-assemblage, 77,5x69,5x56,5 cm, Duisburg, Wilhem-Lehmbruck-Museum der Stadt.


- BEN (Benjamin Vautier, né en 1935), Me cacher sous un drap au milieu d'une place publique, 1971,
Nice, Place Masséna, série Gestes (1958-1972), en présence d'un panneau avec écrit "Je suis un artiste anonyme (hypocrite)",
acrylique sur panneau et collage photographique, 76x76 cm, et vidéo,
performance de 5 minutes.


- BURDEN Chris (1946-2015), Dead Man, 1972,
enfermé dans un sac, l'artiste se fait déposer, de nuit, sur une autoroute californienne ; ainsi dissimulé, il augmente les risques qu'une voiture roule sur lui, d'où le titre.

- BURDEN Chris (1946-2015), Oh Dracula, 1974,
"Le directeur, du musée de l’Utah, m’avait invité à faire une pièce dans le hall d’entrée du musée. Le lieu était plein de tableaux religieux de la Renaissance. En utilisant des bandes adhésives, j’ai fait un grand cocon de façon à pouvoir tenir dedans. Fixé en hauteur sur le mur, je prenais la place d’un des tableaux. Une bougie allumée était placée sur le sol sous ma tête et une autre à mes pieds. Une plaque placée au mur, identique aux cartels des autres tableaux, indiquait mon nom, le titre de la pièce et la date. Je suis resté dans le cocon pendant les heures d’ouverture du musée, de 9 heures à 17 heures". 

- CLARK Lygia (1920-1988), Tunnel, 1973,
performance dans laquelle des participants rampent à l’intérieur d’un tunnel en tissu
 d’une longueur 50 m qui épouse le corps comme un collant.


- MENDIETA Ana (1948-1985), Untitled, Cuilapan (Mexique) Niche, 1973,
tirage gélatino-argentique, New York, Galerie Lelong.

- MENDIETA Ana (1948-1985), Untitled, Body Print, Iowa, 1974.


- SERRANO Andres (né en 1950), The Morgue (Death Unknown), 1992,
cibachrome, silicone, plexiglas, cadre de bois, 125,73x152, 4 cm, Collection particulière.

- SERRANO Andres (né en 1950), The Morgue (Infectious Pneumonia), 1992,
cibachrome, silicone, plexiglas, cadre de bois, 125,73x152, 4 cm, Collection particulière.


OLDENBURG Claes (né en 1929) & VAN BRUGGEN Coosje (1942-2009), Houseball, 1996,
acier inoxydable, plastique renforcé de fibres, filets de jute, mousses de polyuréthane et de chlorure de polyvinyle, peinture polyester,
 H: 8,4 m, D: 7,4 m, Bethlehemkirch-Platz, Mauerstrasse, Berlin.
Un immense ballot renferme tous les biens de la maison, meubles,objets, et forme une sorte de balle qui peut rouler jusqu'au prochain lieu d'habitation. Cette maison roulante a été interprétée comme symbolique des populations déplacées. L'oeuvre a été elle-même plusieurs fois déplacées.

- GUILLEMINOT Marie-Ange (née en 1960), Émotion contenue, 1995, Biennale de Lyon,
installation, le spectateur visionne une vidéo en mettant la tête dans  un tube de stretch noir,


- GUILLEMINOT Marie-Ange (née en 1960), Oursin (en Tyvek), D: 4 m, Performance de l'artiste, New York, Dia Art Foundation, 2001,
l'artiste étire et replie l'objet de tissu, se masquant ou se découvrant tour à tour.

- GUILLEMINOT Marie-Ange (née en 1960), Performance de l'artiste avec une sculpture textile en Super-Organza, Kyoto, jardins du temple Kanga-an, 2014.


- ANTONI Janine (née en 1964), Saddle (Selle), 2000,
cuir de vache, 68,6x81,3x200,6 cm, New York, Luhring Augustine Gallery,
le cuir a gardé l'empreinte du corps de l'artiste ; le corps recouvert est désormais absent (peau, mort)
 et évoque, par sa posture à quatre pattes, le corps de la vache (lait, cuir).


- FONTCUBERTA Joan (né en 1955), Montcalm, Jardin de Momies, 2001,
photographie extraite de la série, 80x120 cm,
 "J'ai eu une révélation à la Gare du Palais de Québec, où une centaine d'arbres étaient recouverts d'une toile pour les protéger du gel et de la contamination que produisent le sel et le calcium et qui maintiennent vos chaussées déglacées. À ma première impression, j'ai cru qu'il était question d'une installation de Christo et Jeanne Claude. Quand je me suis rendu compte de mon erreur, j'ai décidé que cela serait le thème que je voulais développer. Tout mon travail questionne le mandat documentaire de la caméra, qui est pour moi seulement une convention culturelle et idéologique. Retouchées avec l'ordinateur, les photos que j'ai prises  des arbres emballés ont été disposées horizontalement pour qu'elles se rapprochent davantage à la figure du corps embaumé. Dans le fond ce qui m'intéressait ici, c'était l'ambiguïté des images".



- BUSSIERES Sylvie (née en 1964), Jardin de Momies, 2001,
bestiaire d'animaux momifiés (recouverts de bandelettes de coton) 
et mis en situation de captivité dans des cages ou des aquariums,
exposition à L’Oeil de Poisson, Québec.



- SIERRA Santiago (né en 1966), Polyuréthane pulvérisé sur le dos de 10 travailleurs (immigrés, irakiens), 2004,
dix travailleurs immigrés irakiens ont été payés pour être recouverts de mousse isolante, protégés par des vêtements spéciaux et des bâches plastique. Les outils et le mur de mousse sont restés en place le temps de l'exposition. Un DVD de 66 mn 08 a été tourné et est désormais projeté dans les nouvelles expositions.



- STEINBRENNER Christophe & DEMPF Rainer, Delete !, 2005,
installation temporaire, 6-20 juin 2005, Vienne (Autriche), Neubaugasse,
toutes les publicités (textes, logos, pictogrammes...) ont été recouverts d'un film de plastique jaune opaque.


CATTELAN Maurizio (né en 1960), All, 2008,
groupe de 9 gisants en marbre blanc de Carrare (chacun : 30x100x200 cm), dimensions variables,
Venise, Punta della Dogana, vue de l'exposition de la Fondation Pinault, 2009.


- RAMETTE Philippe (né en 1961), Sans titre (Le Voyeur), 2011,
sculpture en résine polyester, résine acrylique, cheveux, peinture et tissus, Production CRAC LR, un mannequin d'homme - l'artiste qui a troqué son habituel costume noir contre un jean - est caché derrière un rideau et il épie le spectateur par un trou ; cependant, le bas de ses jambes est visible et le révèle, entraînant un jeu d'observateur/observé et une interaction entre l'oeuvre et le spectateur.


- FABRE Jan (né en 1958), Gisants, Hommage à Elisabeth Crosby, 2012,
l'un des deux gisants en hommage à des scientifiques du XX° siècle intéressés par les pouvoirs du cerveau, marbre de Carrare, 270x185x128 cm, Paris, Galerie Daniel Templon, cadavre recouvert du linceul, augmenté de toutes sortes d'insectes symboles de résurrection.


PIGNON-ERNEST Ernest (né en 1942), Prisons, 2012,
Lyon, prison Saint-Paul désaffectée, installation d'objets suspendus et de grands dessins sériraphiés.
L'artiste évoque ainsi la mémoire des lieux, les prisonniers, et notamment les résistants, enfermés, torturés et exécutés par ces corps recouverts.




- DION Mark (né en 1961), Package, 2013,
vitrine de merisier contenant divers colis expédiés par l'artiste des quatre coins du monde,
190x200x60 cm, Paris Galerie In Situ/Fabienne Leclerc.


- GREAUD Loris (né en 1979), [I], 2013-2014,
Paris, Pyramide du Louvre, sculpture monumentale noire et entourée de cordes,
modélisée à partir de l'oeuvre de Michel-Ange (1513-1515), exposée au Louvre,
    "J’ai choisi un chef-d’oeuvre, l’Esclave rebelle de Michel-Ange, ce personnage qui est comme prisonnier de la pierre. Nous avons drapé puis scanné en 3D une copie prise dans les réserves. Plusieurs choses se combinent : l’histoire du drapé dans la sculpture ; mais aussi le moment de l’inauguration, où l’on enlève le drap qui recouvre une sculpture publique. J’ai voulu étirer ce moment liminal, prolonger l’attente sur huit mois. Aussi, pendant l’hiver à Paris, les jardiniers recouvrent les sculptures des Tuileries pour les protéger du froid. C’est un geste fonctionnel, non esthétique. J’ai cherché à fusionner ces trois manières très différentes de draper une sculpture dans une même forme. Il y a là une grande colonne vide qui, en vérité, est un socle en attente perpétuelle d’une sculpture : le Louvre avait eu le projet d’y installer la Victoire de Samothrace mais ça n’a jamais pu se faire. Je voulais quelque chose de très immédiat, mais qui ne sonne pas juste, pour créer une inquiétante étrangeté. Les dimensions de la sculpture ne sont pas à l’échelle du socle ni de la pyramide. Ça crée comme un déséquilibre. Enfin le drapé est brut, plein de poussière, des cordes l’enserrant. J’aimerais donner l’impression que cette sculpture a toujours été là, ou qu’on l’a exhumée des sous-sols du Louvre. Ou qu’il s’agit d’une sculpture post-apocalyptique, restée là, bien après la catastrophe. Pour moi l’antispectacle ne produit pas de la frustration chez le regardeur, mais du désir. Exposer une sculpture drapée pendant des mois sous la pyramide du Louvre, c’est jouer avec l’attente, c’est étirer au maximum ce désir de voir le drap soulevé et la sculpture apparaître".


BALULA Davide (né en 1978), User des lieux comme des vêtements portés, 2013-14,
performance, Exposition "Des choses en moins, des choses en plus", Paris, Palais de Tokyo, 2013-2014,
performance de deux danseurs, homme et femme, revêtant ou déposant des vêtements de même couleur que les murs de l'exposition sur lesquels ils sont positionnés.