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mercredi 30 avril 2014

212-VÉRONÈSE-FRESQUES DE LA VILLA BARBARO À MASER (1560-1561)-TROISIÈME PARTIE



LE RÉSEAU CANOPÉ A ÉDITÉ DÉBUT 2015 L' OUVRAGE DE
ANNE-SOPHIE MOLINIÉ, LES FRESQUES DE LA VILLA BARBARO, VÉRONÈSE 


En 1560, Véronèse a déjà réalisé, pour de grandes familles vénitiennes, des décors de palais et de villas, comme la Villa Soranza près de Castelfranco Veneto (1551) avec l'architecte Michele Sanmicheli (1484-1559) ou le Palais Trevisan à Murano (1557) avec l'architecte Palladio (?). Dans toutes ces réalisations, Véronèse a collaboré avec le peintre Giovanni Battista Zelotti (1526-1578).


VÉRONÈSE (Paolo Caliari dit, 1528-1588), Les Sept Dieux planétaires, Jupiter, Apollon, Diane et Mars puis Vénus, Saturne et Mercure,
 surmontés de putti volant, distribuant leurs accessoires, vers 1557,
 fragments du décor du plafond du premier étage du Palais Trevisan de Murano, 
fresques transférées sur toile, fragments de 310x228 cm, Paris, Musée du Louvre.


Au Palais Trevisan de Murano (1555-57), construit par Palladio (?), on trouve déjà des architectures peintes par Véronèse, ponctuées d'incrustations de marbre et de masques, des paysages intégrant des ruines antiques, des représentations de dieux olympiens vus en raccourci au-dessus d'une corniche octogonale et les sculptures en stuc d'Alessandro Vittoria, tous éléments qui coexistent à la Villa de Maser avec encore une plus grande cohérence.

Véronèse a su s'attirer le mécénat et la protection des frères Barbaro, humanistes, férus d'art, de littérature, de sciences, de religion et de politique ; ils pratiquent tous deux le dessin et la peinture et Marcantonio la sculpture, et il semble que certaines figures du nymphée de Maser soient de sa main. 

Le programme iconographique de la Villa a d'ailleurs certainement été élaboré conjointement par Véronèse et les frères Barbaro, surtout Daniele qui est coutumier du fait. Certains auteurs considèrent que seul Daniele est responsable de l'ensemble du programme : comment croire en effet que Daniele qui a auparavant fait intervenir Véronèse à Venise (Sala del Consiglio dei Dieci, Palais des Doges, 1553) sur un programme qu'il a entièrement conçu, puisse partager le programme d'un espace privé dont il est à la fois le propriétaire et le commanditaire ? Daniele Barbaro s'est probablement inspiré de l'ouvrage iconographique sur les divinités antiques de Vincenzo Catari (ca.1531-1569) imprimé à Venise en 1556, Le imagini con la spositione de i dei de gli antichi
Il faut rappeler d'un autre côté que Daniele Barbaro et Andréa Palladio sont très proches (voyage commun à Rome en 1554), et que l'architecte a collaboré à la traduction illustrée et commentée des livres d'architecture de Vitruve (I° s. av. J.-C.) réalisée par Daniele Barbaro (Venise, 1556). Il faut donc souligner la complicité intellectuelle et artistique, voire les liens d'amitié, entre les frères Barbaro, Andréa Palladio, Véronèse et Alessandro Vittoria.
C'est en ami que Véronèse, entouré de sa famille et de ses élèves, a séjourné à la Villa et l'on comprend mieux la présence de son autoportrait et du portrait de sa femme aux extrémités des appartements des Barbaro, à moins que ce ne soient là (selon John Garton), les portraits de Marcantonio et de son épouse, revenant respectivement de la chasse et du jardin. 

Les fresques de Véronèse reflètent un jeu d'illusions qui ornent et agrandissent l'espace et le remplissent de figures élégantes et colorées et de paysages grandioses mais elles traduisent également la vision éclairée de l'esprit de l'époque, entre culture antique et foi chrétienne. Ses allégories célèbrent la mesure, la sérénité et la vertu de l'esprit chrétien et sa lutte contre les hérésies (Daniele Barbaro, patriarche d'Aquilée, représentera Venise au Concile de Trente en 1562-63). Elles reflètent un idéal de vie que cherchent à atteindre les frères Barbaro et elles diffusent leur message moral aux habitants comme aux visiteurs de la Villa.

Après ce chantier qui assurera le succès de l'artiste, Véronèse continuera à travailler pour les Barbaro, notamment à la décoration de leur palais vénitien de la Giudecca, et il continuera de même à collaborer avec Andréa Palladio et Alessandro Vittoria.


Sala dell'Olimpo, vue globale du décor de la voûte et des lunettes (axe nord-sud).

ÉTUDE DU SALON DE L'OLYMPE (SALA DELL'OLIMPO)

Le Salon de l'Olympe est souvent présenté comme le cœur de la maison, desservant les appartements privés (est/ouest) comme les espaces de réception (nord/sud). Il est traversé par l'axe de symétrie de la Villa qui va du  nymphée au nord, au fronton de façade au sud.
De grande largeur et hauteur, l'ensemble des murs et de la voûte du Salon de l'Olympe a reçu un décor riche, avec des figures peintes qui alternent avec de fausses architectures. 
Au sud, une haute arcade plein cintre, accostée de chaque côté d'une statue en bronze doré peinte dans une fausse niche, débouche sur la galerie du Salon en croix.


Sala dell'Olimpo (axe nord-sud), entrée sud, entourée des niches avec les statues de la Discorde (côté est) et de la Paix (côté ouest), rappelant l'opposition des musiciennes et des trophées militaires de la Sala a crociera.

A l'est et à l'ouest cependant, une simple porte, percée entre deux paysages vus au travers de fausses baies, et couronnée d'un fronton en stuc surmonté de statues couchées peintes et d'une scène équestre en grisaille à l'encadrement peint, ouvre sur l'enfilade des appartements privés. 

Sala dell'Olimpo (axe ouest-est), mur oriental orné, comme à l'ouest, de grands paysages habités de ruines antiques.
 Cette mode romaine a influencé la Vénétie dès les années 1540 ; Véronèse s'est tout à la fois inspiré des livres d'architecture de Vitruve (I°s. av.J.C.), des descriptions littéraires de villas antiques par Pline l'Ancien ( I°s. ap.J.-C.) et des dessins du XVI° siècle de ruines antiques romaines du recueil d'estampes publié par le flamand Jérôme Cock (Anvers, 1551).

Au nord, le mur orné de fausses architectures, est percé de deux étages de trois fenêtres ouvrant sur la cour arrière (de plain-pied), le nymphée et le sommet de la colline.



Au-dessus de la moulure en stuc de la corniche, court un faux balcon à balustres qui fait le tour de la pièce et marque le début de la voûte en berceau plein cintre. 

Au sud comme au nord, la lunette est ornée d'une évocation de deux des Quatre Saisons, au travers de la présence de dieux olympiens reposant sur un lit de nuages : hiver et printemps au sud (au-dessus de la grande arcade), avec Vulcain et Vénus, et été et automne au nord (au-dessus des fenêtres), avec Cérès et Bacchus.

Sala dell'Olimpo, lunette sud, l'Hiver et le Printemps réunis, avec Vulcain (l'hiver) et Vénus (printemps), nue et allongée, accompagnée notamment des nymphes Flore et Pomone (ou les Heures) et de putti récoltant des fleurs. La femme en vert penchée auprès de Vulcain et Vénus a été identifiée comme Proserpine (fille de Cérès et épouse de Pluton, déesse des saisons et de leur alternance, surnommée "le serpent qui rampe sous la terre", ce qui explique peut-être le serpent tenu par le putto voisin). L'hiver occupe peu de place, n'étant pas contrairement aux autres saisons, une saison de récolte agricole.

Sala dell'Olimpo, lunette nord, l'Été et l'Automne réunis, avec Cérès (été) dénudée et coiffée d'épis de blé et Bacchus (automne) couronnés de feuilles de vigne et pressant le vin. Les deux divinités sont encadrées de nymphes et, aux deux extrémités, de putti accostés de blé et de raisins.
(N.B. : je ne peux m'empêcher, sans doute à tort, de penser à la Naissance et à la Mort du Christ, avec l'opposition entre d'un côté l'enfant, dépourvu d'ailes, couché sur des gerbes de paille comme dans une crèche, et de l'autre, les grappes de raisin et le vin pressé. Il faut dire cependant que l'enfant couché a parfois été identifié à Hercule).

A l'est comme à l'ouest, à la même hauteur que les Saisons mais aux retombées de la voûte, des personnages de la Renaissance regardent, de leur balcon, en direction de la salle et du visiteur. Il s'agit, à l'est d'une jeune femme centrale (de face, tenant deux roses), placée entre deux colonnes torses, et accostée à sa gauche d'une servante âgée (de face) et d'un petit chien et, à sa droite, d'un perroquet et d'un jeune enfant (de profil).

Sala dell'Olimpo, vue de la retombée de la voûte, côté est.
(N.B.: le portrait de jeune femme n'est pas sans évoquer d'autres oeuvres de Véronèse et notamment celui de La Belle Nani, c. 1560, conservé au Louvre ou encore les dessins conservés à l'ENSBA ; celui de la servante ou de la nourrice, portrait de femme âgée, plus rarement présent dans l'oeuvre de Véronèse, n'est pas lui sans évoquer la représentation de Sainte Elisabeth, cousine âgée de la Vierge, dans Le Mariage mystique de Sainte Catherine, notamment dans le tableau, c.1547-1548, conservé à l'Ermitage).

A l'ouest, ce sont cette fois, sur le même fond d'architectures vues en contre-plongée, deux garçons de profil placés aux extrémités dont l'un accompagné d'un chien, alors que c'est un singe qui occupe l'espace central, perché sur la rampe. Ces personnages ont souvent été considérés comme une représentation de la famille de Marcantonio Barbaro, sa femme, Giustina Giustiniani, et ses trois enfants (elle en aura quatre), accompagnés de la nourrice.

Sala dell'Olimpo, vue de la retombée de la voûte, côté ouest, avec l'un des enfants lisant un livre (vie contemplative ?) et l'autre retenant  un chien (vie active ?) prêt à s'élancer sur le singe qui déguste un fruit.
(N.B. : Véronèse peindra vers 1575, un tableau intitulé, Noble entre la vie active et contemplative, conservé à Melbourne).

Le sommet de la voûte est orné d'un programme iconographique complexe. Des éléments d'architecture (caissons), ouvrent sur le ciel peuplé des divinités olympiennes dénudées reposant sur des nuages, et divisent le grand espace rectangulaire proche du carré. Sur le pourtour alternent une succession de cadres trapézoïdaux, placés dans les angles et offrant la représentation des Quatre Eléments (Air/Junon, Feu/Vulcain, Terre/Cybèle, Eau/Neptune), et de cartouches rectangulaires horizontaux où des camées en grisaille offrent les allégories de l'Amour, de la Fertilité/Fécondité, de l'Abondance/Richesse et de la Chance.

Sala dell'Olimpo, vue de l'encadrement, côté ouest, avec Vulcain (tenant marteau et flèches forgées et accosté d'un putto) symbolisant le Feu (angle sud-ouest) et Cybèle (tenant une branche de pommier et accostée d'un lion), la Terre (angle nord-ouest), séparés par un camée en grisaille de la Chance.

Sala dell'Olimpo, vue de l'encadrement, côté est, avec Neptune (tenant son trident et accosté d'un putto à la conque) symbolisant l'Eau (angle nord-est) et Junon (tenant des fleurs, accostée d'un paon et d'un putto au coucou), l'Air (angle sud-est), séparés par un camée en grisaille de l'Abondance.

Au centre, une coupole circulaire à base octogonale offre la représentation de l'espace et du temps avec les petites figures grisées des signes du Zodiaque (à peine visibles) et les sept dieux planétaires assis en cercle et vus en forte contre-plongée (déformations et raccourcis) : Jupiter, Saturne, Diane, Mercure, Vénus, Apollon et Mars.

Sala dell'Olimpo, vue de l'octogone central (axe nord-sud), avec au milieu l'image de la Vérité portée par les ailes du Temps, entourée au nord de Jupiter trônant accosté de son aigle (centre) et de Saturne allongé accosté de sa faux (angle nord-est), à l'est de Diane accompagnée de ses lévriers, au sud de Mercure portant casque ailé et caducée (angle sud-est) et de Vénus à la flèche accostée de Cupidon (angle sud-ouest), et à l'ouest d'Apollon tenant d'une main la lyre et de l'autre un rayon de soleil (centre) et de Mars (angle nord-ouest).

Une nouvelle couronne de nuages met en évidence au centre un personnage féminin et solaire, entouré de rayons lumineux et porté sur les ailes d'un dragon dont l'identification fait encore aujourd'hui débat : Harmonie, Immortalité, Thalie (neuvième muse, s'ajoutant aux huit précédentes du Salon a crociera), Providence DivineSagesse Divine ? Une interprétation récente (faite par Luigi De Poli) identifie la Vérité sur les ailes du dragon du Temps.

Sala dell'Olimpo (axe nord-sud), vue du centre de l'octogone avec l'image de la Vérité portée par les ailes du Temps (Veritas Filia Temporis).

Le dragon peut être une évocation de la constellation du Dragon (Draco) que Albrecht Dürer (1471-1528), place au centre des constellations de l'hémisphère nord, dans une gravure de 1515 (ci-dessus, ensemble et détail central), connue de Daniele Barbaro (rapprochement effectué par l'historien d'art, Charles Hope).

Sala dell'Olimpo, vue globale du décor de la voûte et des lunettes (axe nord-sud).

Si le message est  universel, faut-il y voir seulement une vision mythologique ou une allusion à la foi chrétienne ? Dans tous les cas, c'est une évocation du monde et une aspiration à une amélioration de l'individu par la connaissance auxquelles nous convient les fresques de Véronèse. Il y a, là aussi, comme dans la représentation des ruines antiques (paysages) tout à la fois l'évocation des ravages et des richesses du temps. Véronèse, les Barbaro et la culture vénitienne du milieu et de la seconde moitié du XVI° siècle perdurent cependant grâce aux fresques de la Villa Maser de Palladio.


ILLUSIONNISME ET THÉÂTRALITÉ DES FRESQUES DE LA VILLA

(notamment d'après l'article de Chelsea HOFFMAN, "The Villa Barbaro : An Integration of Theatrical Concepts in Search of Absolute Illusion and Spatial Unification", 2011) : http://commons.colgate.edu/car/vol9/iss1/10/

La peinture illusionniste de Véronèse fait à la fois référence à la peinture antique (Grèce, Pompéi), par l'exploitation des jeux d'ombres et de couleurs permettant l'avancée ou le recul des architectures peintes et par l'incrustation de faux marbre colorés, et aux techniques perspectivistes de la Renaissance (Brunelleschi, Vignola).

Les spécialistes dénomment cette technique illusionniste du terme baroque (XVII° siècle) de Quadratura : peinture utilisant des techniques de raccourci et de perspective pour créer des effets spatiaux architectoniques sur les murs (sfondati) et les plafonds (di soto di sù). La quadratura a une grande incidence sur la manière dont le spectateur vit l'expérience de l'espace. Le point de vue idéal pour découvrir la Sala a crociera est le centre de la croix, celui des Stanze est à la porte, et celui de la Sala dell'Olimpo est du côté sud.
Le but est de recréer un semblant de réalité révélant l'artifice, un moment d'illusion absolue suscitant surprise, émerveillement et joie chez le visiteur. Ce moment est d'autant plus éphémère que le mouvement du spectateur déforme et détruit l'illusion. Les espaces de la Villa Maser jouent entre vrais éléments d'architecture (entablement continu, frontons, portes et fenêtres) et architectures peintes, entre vrais objets et objets peints (trophées militaires, tableaux, balai et chaussures, tabouret), entre vraies figures et figures peintes (famille Barbaro, serviteurs, chiens et chat, singe, perroquet), entre vrais paysages environnants et paysages peints en continu.

La théâtralité des lieux est un élément important, influencé tant par les écrits anciens de Vitruve ( I° s. av.J.-C.) sur l'architecture du théâtre que par les écrits contemporains de Serlio (1545), et les paysages peints par Véronèse sont tout autant influencés par les textes de Pline l'Ancien (I° s. ap.J.C.) décrivant ceux des villas antiques que par les estampes contemporaines de ruines romaines réunies par Jérôme Cock (Anvers, 1551).

De la même façon qu'à l'extérieur la Villa et le nymphée s'affirment comme des théâtres, à l'intérieur, l'espace s'affirme comme un lieu théâtral avec ses colonnes, ses frontons et ses masques. Comme lui, il reflète la réalité et crée des émotions, comme lui, il déroule dans le temps sa narration (mouvement du spectateur visitant les lieux et appréhendant les scènes et leur message), comme lui, il sépare salle et public (espace réel et visiteurs) des acteurs et décors (quadratura), tout en créant une continuité spatiale entre eux (échelle, perspective, mélange réel et peinture).

Les habitants se retrouvent confrontés à leur propre image ; le visiteur entre par une vraie porte dans la Sala a crociera et bascule par les fausses portes dans un monde d'illusion ; il est surpris par les figures peintes qui anticipent celles des habitants (Sala a crociera) et est interpellé par elles (Sala dell'Olimpo). Les rôles s'inversent alors, le regardeur devenant le regardé, visiteurs et habitants étant sous le regard des divinités éternelles qui, en haut des murs et sur les plafonds et plus particulièrement dans la Sala dell'Olimpo, sont assis autour du ciel et semblent observer le théâtre tragique des mortels.

Il y a de plus fusion entre plusieurs espaces et plusieurs temps : l'espace réel (lieu) et fictif (quadratura), l'espace profane (habitants, murs peints) et sacré (scènes allégoriques, mythologiques et religieuses du haut des murs et des plafonds) ; le temps présent (habitants, visiteurs) et éphémère (figures réelles et peintes de la Renaissance, grandeur de Venise et des Barbaro), le temps passé (paysages peints aux ruines antiques), le rythme des saisons (réel et peint) et le temps éternel (cosmos, divinités). Tous ces espaces et ces temps se conjuguent d'une manière particulière dans la Sala dell'Olimpo où la famille Barbaro, représentée au sommet des murs, précède le ciel divin et domine le sol des vivants.


L'HARMONIE DES SPHÈRES

De nombreux auteurs ont noté la correspondance entre le programme iconographique de la Villa Maser et la théorie pythagoricienne, connue de Daniele Barbaro, de l'Harmonie ou Musique des Sphères (nombres, proportions, intervalles). Cette théorie énonce trois niveaux : la Musique du monde ou Harmonie cosmique qui repose sur les Sept planètes et se manifeste par l'union des Quatre éléments et la variété des Saisons ; la Musique de l'homme qui repose sur l'harmonie du corps et de l'âme et se manifeste par le chant ; et enfin, la Musique instrumentale et les Arts. L'Harmonie établit ordre et équilibre entre les éléments contraires. Seuls les sages peuvent comprendre les liens qui unissent le ciel et la terre, la divinité et l'humain.

Difficile en effet de ne pas voir le rapport entre cette théorie et les fresques de la Villa, avec la présence de nombreuses figures de musiciens comme les huit musiciennes de la Sala a crociera (croisillons, images de la Musique et des Muses), le trio de musiciennes de la Stanza del Tribunale d' Amore (mur est) et la muse et putti musiciens voletant de la voûte de la Stanza di Bacco, mais aussi avec la représentation dans la Sala dell'Olimpo des Saisons dans les lunettes puis des Quatre éléments, du Zodiaque et des Sept dieux planétaires sur la voûte.

Plus intéressants encore, les rapprochements qui ont été faits entre le décor de la Villa et l'illustration de cette théorie dans le traité de Franchino Gafori, Practica musica, paru en 1496. Sur cette gravure, Apollon/Soleil préside à l'harmonie du monde accosté de la Muse Thalie, et domine le corps d'un dragon qui relie les huit sphères cosmiques (les sept planètes plus la sphère des étoiles), accostées des signes du Zodiaque, aux huit Muses (médiatrices entre le dieu et les arts) et aux Quatre éléments.


GAFORI Franchini (1451-1522), Practica Musica Franchini Gafori Laudensis, Milan, 1496,
20x29 cm.

A Maser, cela relie les Huit Muses de la Sala a crociera et la Femme (Thalie/Vérité) portée par un dragon (Saturne/Temps) de la voûte de la Sala dell'Olimpo aux dieux planétaires accostés des signes du Zodiaque et aux Quatre éléments. 


Sala dell'Olimpo (axe nord-sud), voûte au décor de l'Harmonie cosmique.


Sala a crociera (croisillon occidental, mur sud), deux des huit Muses de l'Harmonie instrumentale.
Stanza del Tribunale d'Amore, trio de musiciennes.

Cela permet également de voir sous un nouvel angle la scène centrale de la voûte de la Stanza di Bacco où au-dessus de la figure couchée de Saturne (Temps), tournoient dans le ciel, les six figures musiciennes d'une Muse (Polymnie, traditionnellement attribuée à Saturne, comme dans le dessin de Gafori) et de cinq putti...

Stanza di Bacco, scène centrale décorant la voûte, et détail de la partie droite.
Plusieurs niveaux de lecture peuvent être proposés : enseignement et culte du vin avec le dieu Bacchus,  image cosmique des saisons régissant la culture de la vigne, image de la récolte et de l'ivresse. 
Saturne allongé à droite peut apparaître comme une image du dieu du Temps, une allégorie de l'hiver et un portrait de Daniele Barbaro, et les figures musiciennes, comme une allégorie de l'ivresse, comme celle de l'inspiration ou comme la vision de la Musique des sphères (instrumentale et cosmique).


lundi 28 avril 2014

211-VÉRONÈSE-FRESQUES DE LA VILLA BARBARO À MASER (1560-1561)-DEUXIÈME PARTIE




VÉRONÈSE (1528-1588), Villa Barbaro, Maser (1560-1561)
- fresques de la Sala a Crociera , avec le décor en trompe-l’œil du mur nord du croisillon oriental,
- fresques de la Stanza di Bacco, avec un détail montrant l'exécution du modelé d'Apollon et Vénus, peints au sommet du mur oriental.


Texte officiel du programme du baccalauréat 2015 - Arts plastiques - Option facultative toutes séries : Paolo Caliari, dit Véronèse, fresques de la villa Barbaro à Maser (1560-1561).

Au-delà d'un dialogue entre la peinture et l'architecture, les fresques de la villa Barbaro témoignent de l'ambition de Véronèse d'instaurer une relation entre l'observateur et l'œuvre. Les séquences architecturales (vestibules, escaliers, galeries, passages en enfilade, espaces de réception et de vie, etc.) et le programme iconographique (thèmes mythologiques et religieux riches d'évocations narratives et bucoliques) organisent un vaste espace scénique. Le spectateur est stimulé pour être un observateur, mais il est aussi observé par les protagonistes des représentations. Insertion de l'image dans l'architecture, jeux sur les points de vue et les proportions, surgissements de personnages et ouvertures sur des espaces fictifs, déplacements, expérience temporelle des dispositifs narratifs, sont autant de modalités qui visent à englober le spectateur dans l'œuvre.



SUR LA VILLA BARBARO DE MASER

VOIR LES VIDÉOS DE LA CONFÉRENCE DE

UN DOSSIER TRÈS COMPLET RÉALISE PAR GENEVIÈVE BLONS, PROFESSEUR D'ARTS PLASTIQUES AU LYCÉE HONORÉ D'ESTIENNE D'ORVES DE NICE

LE RÉSEAU CANOPÉ A ÉDITÉ DÉBUT 2015 L' OUVRAGE DE
ANNE-SOPHIE MOLINIÉ, LES FRESQUES DE LA VILLA BARBARO, VÉRONÈSE 


PAOLO CALIARI DIT VÉRONÈSE (Vérone, 1528- Venise, 1588)


VÉRONÈSE (Paolo CALIARI, 1528-1588), Autoportrait (?), vers 1558-1563,
huile sur toile, 63x51 cm, Saint-Pétersbourg (Russie), Musée de l'Ermitage.


Né à Vérone (Véronèse) d'un père tailleur de pierre, Paolo Caliari se consacre à la peinture. Il fréquente les ateliers d'Antonio Badile, de Giovanni Caroto et de l'architecte Michele Sanmicheli. Ses premiers tableaux connus datent de ses 18 ans (1546). Il affectionne les scènes religieuses, les allégories, les scènes mythologiques, les scènes d'histoire antique et les portraits. 
Après Vérone, il s'installe à 25 ans à Venise où il réalise notamment des œuvres pour l'église San Sebastiano (dès 1555-56), le Palais des Doges (1555-56 puis 1574-82), la Bibliothèque Saint-Marc (1556-57) et l'église San Giorgio Maggiore (1562-63). Il est, avec Le Titien (c.1488-1576) et Le Tintoret (1518-1594), l'un des grands peintres vénitiens de l'Art maniériste, célèbres pour leur travail de la couleur et de la touche, fortes et vibrantes.

Véronèse développe des visions en contre-plongée (peintures au plafond) ainsi que la profondeur des scènes (corps étendus de trois-quarts, décor en perspective). Il place souvent ses personnages sur fond de paysage grandiose ou d'architecture théâtrale (palais, ruines antiques) sur des supports de grands formats (tableaux, fresques). Il réalise notamment de nombreux repas du Christ (Repas d’EmmaüsNoces de Cana, Repas chez Simon, La Cène, Repas chez Lévi), dans de grandes compositions scénographiques (palais, loggia ouvrant sur le ciel) où la scène se déroule avec de nombreux personnages individualisés, animés et expressifs (portraits de contemporains) et un grand luxe de détails (costumes, accessoires) qui donnent à l'ensemble l'ambiance somptueuse des fêtes de l'aristocratie vénitienne.  
Interrogé par le tribunal de l'Inquisition, à propos d'une commande d'un tableau de La Cène (ré-intituléLe Repas chez Lévi, 1573), sur ses « fantaisies » (ajout d'un chien, de bouffons, de hallebardiers allemands) , il répond : « Nous autres peintres, nous prenons les mêmes libertés que les poètes et les fous ». 


VERIFIER SES CONNAISSANCES SUR VÉRONÈSE


VOIR LA VIDÉO (4 MN 30, 2010) DE PRÉSENTATION DE L'OEUVRE PEINT DE VÉRONÈSE
SI LE LIEN EST ROMPU VOIR LA VIDÉO SUR YOUTUBE

VOIR SUR CE BLOG QUELQUES ŒUVRES DE VÉRONÈSE

POUR EN SAVOIR PLUS SUR 
L'ART ITALIEN DE LA PÉRIODE MODERNE
VOIR LE DOSSIER TRÈS COMPLET DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE QUIMPER
VOIR LE DOSSIER DU LOUVRE-LENS
 ET SES PISTES PÉDAGOGIQUES EN ARTS VISUELS

POUR EN SAVOIR PLUS 
SUR LA VIE ET L'OEUVRE DE VERONESE
VOIR LE DOSSIER SUR LE SITE "APARENCES"

VOIR UN ARTICLE SUR LA TECHNIQUE DE CRÉATION CHEZ VÉRONÈSE

VOIR LES DEUX GRANDES EXPOSITIONS VERONESE EN 2014 


LES FRESQUES DE LA VILLA BARBARO DE MASER


- PALLADIO Andrea (1508-1580), Villa Barbaro, Maser, I quattro libri dell'architettura , Venise, 1570,
Livre 2, page 51, illustration gravée sur bois et texte imprimé, 21,6x29,8 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art.
Sur la vue en élévation montrant le projet initial, des groupes de trois statues couronnent les trois  frontons.


Le décor de la Villa (construite vers 1555-1558) est réalisé en 1560-61 par Véronèse (Paolo Caliari), assisté de son frère cadet Benedetto Caliari (1538-1598) et de ses élèves.
Le programme iconographique mêle la culture antique (scènes mythologiques, dieux olympiens, nymphes et muses, scènes allégoriques, vocabulaire architectural) et la culture chrétienne (scènes religieuses, Sainte Famille) et les fusionne habilement (Harmonie, Vertus) pour évoquer la culture, la foi, l'amour, la famille et le domaine agricole des frères Barbaro.
Plus qu'ailleurs, Véronèse adopte ici une palette claire et lumineuse (architectures et sculptures blanches en trompe-l’œil, ciels bleutés et nuagés), rehaussée des contrastes colorés, acidulés et brillants des vêtements et tentures et des dorures des statues et objets.
Le décor mural est concentré au premier étage de la maison de maître (l'étage noble) dans les espaces de réception et plus encore dans les appartements privés.

L'entrée se fait par les escaliers de la loggia pour aboutir à un palier (situé à l'extrémité nord de la Sala a Crociera) qui relie et dessert les deux bâtiments :

Plan d'ensemble de la Villa Barbaro avec indication des salles ornées de l'étage.
Du fait de la configuration des lieux (pente de la colline), les salles sud dominent le paysage d'un étage,
 alors que les salles nord se retrouvent de plain-pied avec la cour arrière et le ninfeo.

Maquette de la Villa Barbaro : partie centrale et vue de l'étage des salles ornées.
Les salles sont majoritairement voûtées en plein cintre mais ce plein cintre est surbaissé dans les deux stanze di Bacco et dell'Amore,
 et la carrée de la Sala a crociera est couverte d'une voûte d'arêtes.
Les deux pièces les plus au sud, Stanza di Bacco et Stanza del Tribunale d'Amore (environ 25 m2 chacune),
 sont percées d'une porte et de trois fenêtres (1 au sud et 2 aux extrémités du mur extérieur) et pourvues d'une grande cheminée face à la porte.
La Sala a crociera est éclairée d'une porte-fenêtre dans le mur sud (en plein cintre) et à l'extrémité de chaque croisillon (est et ouest).
La Sala dell'Olimpo (40 m2 environ et de grande hauteur sous plafond) est percée d'une haute arcade d'entrée au sud,
 de deux portes (murs est et ouest), et de deux étages de baies au nord (une porte-fenêtre centrale, accostée de deux fenêtres,
 est surmontée d'un ensemble de trois plus petites baies dont celle du centre est en plein cintre).
Les deux pièces attenantes à la Sala dell'Olimpo, Stanza della lucerna et Stanza del Cane, sont de petites dimensions (15 m2 environ), percées de deux portes (murs est et ouest) et sont éclairées par l'étagement d'une grande baie surmontée d'une plus petite, percées dans le mur nord.


- au sud les salles de réception, avec une salle en croix (Sala a Crociera) encadrée de quatre petites pièces,

VOIR LE DIAPORAMA DE LA SALA A CROCIERA EN PLEINE PAGE EN CLIQUANT SUR LA PETITE ICÔNE CI-DESSOUS


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Sala a crociera : vue de la nef dans l'axe sud-nord avec les quatre pièces
avec à l'ouest, la Stanza di Bacco et à l'est la Stanza del Tribunale d'Amore,
au centre la croisée et plus au nord la Sala dell' Olimpo et l'ouverture sur la cour arrière.

Sala a crociera :  la galerie (vue dans l'axe nord-sud de la nef), ornée d'arches
 ouvrant sur des paysages bucoliques ponctués de ruines antiques, glorifie le monde antique et l'environnement agricole.

Sala a Crociera : Victoire ailée de l'écoinçon d'une fausse arcade de la nef.
(N.B. : Véronèse a déjà utilisé un décor de Victoires ailées dorées dans les écoinçons des caissons
 du plafond de l'église San Sebastiano de Venise, en 1556 ; il reprendra ce décor dans les arcades de la grande toile du Repas chez Lévi, 1573).

Sala a crociera, partie sud, arcade peinte du mur oriental : chien en trompe-l’œil, fausse arcade et balcon ouvrant sur un paysage 
orné de ruines antiques et animé par la présence de petits personnages.
Sala a crociera, partie sud, arcade peinte du mur occidental : détail du paysage et des figures.

 Dans la Sala a Crociera, tout est peint, en dehors de vrais frontons couronnant les portes et des moulures de l'entablement continu et des voûtes dépourvues de décor (non réalisé ou disparu) :  murs ornés d'architectures ombrées en trompe-l'oeil, colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens, masques, camées en grisaille ornés de scènes équestres au cavalier en armure, fausses portes à personnages, fausses arcatures plein cintre aux écoinçons ornés de figures dorées ailées (Victoires), fenêtres aux balcons à balustres rivalisant avec les vraies ouvertures et leur vue mais ouvrant sur des paysages imaginaires (arcadiens), niches profondes des croisillons contenant les figures colorées et ambiguës de huit musiciennes, représentations d'animaux et d'objets. La présence de vrais éléments en stuc sculptés au-dessus des fausses portes et d'une vraie corniche renforce la cohésion et l’ambiguïté de l'ensemble et montre la complicité entre Véronèse et Alessandro Vittoria dans le programme décoratif.

Sala a crociera, vue du côté occidental, croisillon (mur sud) et nef.
La galerie dans l'axe est-ouest (croisée et croisillons) est ornée de musiciennes, symboles des arts et de l'Harmonie qui flanquent par paires de vraies portes du côté nord (cagibis) et de fausses portes (peintes) du côté sud. Aux extrémités des deux galeries, les portes-fenêtres sont cependant accostées de trophées militaires (lances complètes ou brisées, drapeaux, trompettes) évoquant le prestige de la République de Venise et de l'ancêtre médiéval (XII° s.) de la famille Barbaro.

Sala a Crociera : musicienne au tambourin (mur nord du croisillon oriental) et musicienne à la lyre (mur nord du croisillon occidental).
Deux par deux, les huit musiciennes, symboles de l'harmonie, flanquent chacune des portes (vraies et fausses) du bras horizontal de la croix (croisillons). Elles esquissent dans leur niche un pas de danse et se préparent au concert, tenant ou accordant leur instrument de musique (tambourin, tambour béarnais, trombone, flûte, violon, luth, hautbois, lyre). Leur posture déhanchée est variée et leur vêtement coloré et contemporain accroche la lumière (en contraste avec les éléments d'architecture monochrome) alors que leur débordement et leur ombre portée renforcent l'effet d'apparition.
(N.B. : l'oeuvre de Véronèse comporte de nombreuses figures peintes dans une niche : saints, personnages mythologiques et allégories).

Ces figures évoquent de nombreuses figures de la Renaissance et notamment les figures en pied dans des niches et les anges musiciens de retables et peintures murales. Citons les Anges musiciens (c.1480) de Melozzo da Forli (1438-1494) accompagnant l'Ascension du Christ de l'abside de la basilique des SS Apôtres à Rome (fresques déposées à la Pinacothèque Vaticane) et les Deux anges musiciens au luth et vielle dans des niches (c.1483-1508, actuellement à la National Gallery de Londres) d'Ambrogio de Predis (c.1455-c.1508), accostant le panneau central du Retable de la Vierge aux rochers (peint par Léonard de Vinci) pour la chapelle de l'Immaculée Conception de l'église San Francesco de Milan.

Sala a Crociera, Jeune page entrant (mur nord du croisillon oriental), et, Jeune fille passant la tête par une fausse porte (mur sud du croisillon occidental)Lances et bannières (angle sud-ouest du croisillon occidental).
Sans cesse, Véronèse va jouer sur des jeux de masquage  pour donner l'illusion de la profondeur : personnage, statue, animal ou objet en avant ou en arrière d'une porte, d'une colonne ou d'une balustrade. Ces éléments amènent également des instants de vie et la présence d'un monde peint parallèle à celui des vivants, tout en reflétant les habitants de la famille Barbaro. Le visiteur se voit confronté à des architectures et des personnages à taille réelle et entre dans un monde symbolique, à l'image des faux personnages par leur fausse porte.


dont le Salon orné de Bacchus (Stanza di Bacco), côté ouest

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Sur la voûte de la Stanza di Bacco, la scène centrale est ornée de l'Enseignement du vin par Bacchus, avec quatre divinités (les quatre saisons de la vigne ?) reposant sur les nuées, dans quatre postures différentes (dont Vertumne et Priape ou bien les dieux Lares ?), notamment Bacchus (automne) et la vendange (au centre), et Saturne allongé (hiver, image physique et intellectuelle de Daniele Barbaro ?), avec de fabuleux raccourcis des corps dont ceux des putti ; 
De chaque côté de la scène centrale de la voûte, des décors de treilles chargées de raisin se détachent sur le ciel, avec probablement une allusion au domaine viticole de la Villa.
(N.B. : avec l'Automne, la Stanza di Bacco évoque le Printemps et l'Eté, tant par des allégories (Vénus, Cérès) que par des représentations réalistes de récoltes de fruits (pêches de l'été et raisins et pommes de la fin de l'été et du début de l'automne).

 Stanza di Bacco, décor de treille de la voûte (axe sud-nord) et décor du mur du fond (nord) avec une fausse fenêtre ouvrant sur un Paysage avec villa au bout d'une allée arborée animée. Le paysage se continue dans la fausse petite fenêtre située au-dessus de la corniche mais également au-dessus des vraies fenêtres.
Sur les murs de fausses fenêtres ouvrent sur des paysages, des inclusions de faux-marbre et de fausses architectures aux chapiteaux ioniques, des niches et des statues qui encadrent notamment la grande cheminée du mur ouest réalisée par Alessandro Vittoria.

Stanza di Bacco, détail de la cheminée accostée de figures peintes en grisaille ;
détail du décor de la fausse fenêtre du mur nord, ouvrant sur Paysage avec villa, au bout d'une allée arborée animée.
Au centre de la cheminée se lit l'inscription suivante, en relation au feu : IGNEM IN SINU/NE ABSCONDAS" ("Ne cache pas le feu en ton sein"), citation biblique (Proverbes 6, 27), contre la convoitise et le péché.

Stanza di Bacco, dans l'angle nord-est de la pièce, fausse sculpture et faux tableau masqués par de fausses colonnes ;
au-dessus de la corniche dominant la porte (mur oriental), les figures d'Apollon et Vénus.


et le Salon de l'Amour conjugal ou du Tribunal de l'Amour (Stanza del Tribunale d'Amore), côté est

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Stanza del Tribunale d'Amore, sur la voûte, se déroulent les vues latérales de treilles en perspective débouchant sur le ciel (comme à la Stanza di Bacco) et la scène centrale du Tribunal de l'Amour, avec le juge Hymen, sur les nuées, accosté de Junon et Vénus, face à la jeune mariée agenouillée entre son mari (Giustinia et Marcantonio Barbaro ?) et son défenseur. Deux putti voletant jettent des fleurs, et un troisième présente une couronne de myrte (symbole de Vénus) annonçant l'issue heureuse du procès (mariage). 
(N.B.: cette scène n'est pas sans évoquer une oeuvre plus tardive de Véronèse, L'Union heureuse, Allégorie de l'Amour, c.1570-1575, oeuvre conservée à la National Gallery de Londres).

Stanza del Tribunale d'Amore, sur les murs, alternent fausses architectures et paysages, niches à statues, décor de treilles et objets.
 Une cheminée (comme dans la Stanza di Bacco mais positionnée sur le mur oriental) est accostée des fausses statues de la Concorde et de l'Harmonie et est dominée par un trio de musiciennes (allégorie de la Musique/Harmonie).
L'inscription  en rapport au feu est cette fois la suivante : IGNEM GLADIO/NE FERIAS ("Ne remue pas le feu avec l'épée", sentence pythagoricienne qui renvoie à la prudence et l'humilité ("Ne pas exciter la colère et l'indignation des puissants).

 Stanza del Tribunale d'Amore, face à ce trio de musiciennes, au-dessus de la porte (mur ouest), des putti transportent l'argenterie (allégorie de la Fécondité/Abondance/Charité).

Allégorie de l'Abondance, dessin préparatoire de Véronèse, crayon et encre, 19,1x28 cm,
Naples, Museo Nazionale di Capodimonte.

Stanza del Tribunale d'Amore, Balai et  chaussures déposés, angle sud-ouest, partie basse.
De même que pour les figures, Véronèse affectionne la représentation d'objets qui semblent négligemment posés là pour un instant, donnant plus de réalité à la scène, rompant le rythme des architectures et affirmant par leur oblicité, leur raccourci et leurs ombres, la profondeur 


- au nord, donnant sur le nymphée et la cour fermée, le Salon orné de l'Olympe (Sala dell' Olimpo), accosté de chaque côté de pièces privées en enfilade, 

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Sala dell'Olimpo, mur oriental et vue des pièces en enfilade jusqu'à la fausse porte peinte au portrait de chasseur.
Dans la Sala dell'Olimpo, se retrouvent sur les murs des ouvertures sur des paysages fictifs, de fausses architectures à chapiteaux corinthiens (comme dans la Sala a crociera) et de fausses statues. Au-dessus se note un décor de balcons à balustres et de colonnes torses où se font face des personnages accompagnés d'animaux, d'une part une femme, souvent identifiée comme l'épouse de Marcantonio Barbaro, Giustinia, accompagnée de la nourrice de ses enfants, d'un petit chien et d'un perroquet, et d'autre part deux enfants, accompagnés d'un chien et d'un singe. Les deux lunettes latérales offrent une représentation, deux à deux, des Quatre Saisons. Sur la  voûte se découvrent les Quatre Eléments qui encadrent les Dieux de l'Olympe dans l'octogone central qui s'ouvre sur le ciel.


avec le Salon orné du Chien (Stanza del Cane), côté ouest

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Dans la Stanza del Cane, là encore fausses architectures à chapiteaux ioniques et vues de paysages imaginaires alternent sur les murs. Au centre de la voûte, une allégorie de La Fortune, accompagnée des figures féminines de l'Ambition (ou de la Noblesse) et de l'Envie (ou du Vice). 
(N.B. : on peut penser également à la Fortune accordant ses bienfaits à Venise, jalousée par les autres cités).
En-dessous, les scènes allégoriques formées chacune de deux figures, La Chance couronnant un homme endormi (le Mérite ?) (mur ouest) et Le Temps (Saturne) et l'Histoire (mur est).
Le mur du fond (mur sud), conçu comme une conque absidale, est dominé par une Sainte Famille, avec la Vierge à l'Enfant Jésus accostée de Jean-Baptiste enfant et des Saints Joseph et Catherine (Mariage mystique). Une grande fenêtre rectangulaire ouvre sur un paysage bleuté.

Stanza del Cane, devant le balcon de la fenêtre du mur sud, un Chien assis qui a donné son nom au Salon, et le point de vue élevé d'un Paysage portuaire. Ce paysage traduit bien la conception de ce thème à la Renaissance : vue sereine grandiose au ciel prédominant, présence aquatique, affirmation de l'architecture, jeu spatial des arbres ainsi que des obliques qui guident dans la profondeur, perspective atmosphérique avec le blanchiment des couleurs avec l'éloignement, intérêt à la lumière, sensation de plans découpés et superposés (sol, mer, montagnes, ciel). 
Détail d'un autre Paysage du Salon (mur est), montrant la présence de personnages et d'animaux donnant vie à l'ensemble.
 Dans l'ensemble de la Villa, les paysages illusionnistes qui se découvrent par les fausses fenêtres rivalisent avec les fenêtres et les vues réelles du paysage environnant et cherchent à démontrer la supériorité de l'art. Il y a dans les salles étudiées un total de 26 grands paysages (3 dans la Stanze di Bacco et d'Amore, 6 dans la Sala a crociera, 4 dans la Sala dell'Olimpo et 5 dans les Stanze della Lucerna et del Cane).


et le Salon de la Lampe (Stanza della Lucerna), côté est

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Stanza della Lucerna: sur la voûte, une scène allégorique centrale montrant La Foi (accostée de la Bible) et la Charité guidant l'homme mortel vers l'éternité divine.
 Les parties latérales de la voûte sont exceptionnellement ornées d'un décor de grotesques (rejeté par Daniele Barbaro selon les préceptes de Vitruve) au centre duquel volètent des anges ou putti ; l'un d'eux (côté sud) surgit du ciel et pénètre dans l'espace du plafond pour tenir la vraie Lampe de la Foi qui a donné son nom au Salon.

Stanza della Lucerna, sous la corniche (mur est), une Allégorie de la Force (Courage, Hercule) et de la Prudence (Sagesse, Vertu) ;
  La Sainte Famille (au centre de la lunette du mur sud en forme d'abside, comme dans la Stana del Cane), avec ici la Vierge à l'Enfant Jésus (blond), accostée de Joseph et d'une servante.


et aux extrémités est et ouest du bâtiment, l'autoportrait de Véronèse et le portrait de sa femme Elena (?).

Autoportrait de Véronèse (extrémité est de l'étage) de retour de la chasse, accompagné de ses lévriers (qui déborde du cadre de la porte),
 et Portrait d'Elena Badile à l'éventail (fille de son premier maître) que Véronèse épouse en 1566 (extrémité ouest de l'étage).
 Cette identification est cependant mise en doute et il pourrait s'agir de Marcantonio Barbaro
 revenant de la chasse (L'Automne ?) et de son épouse, Giustina Giustiniani, revenant du jardin (l'Eté ?).
 Les figures en pied sont plus grandes que nature pour jouer avec la perspective de l'enfilade des pièces
 et elles se détachent, dans le cadre d'une fausse porte ouverte sur fond de paysage.
(N.B. : Véronèse a peint un autre chasseur dans l'encadrement d'une porte, sur le panneau du Fauconnier, c.1560 (?), conservé à Toulouse, Musée de la Fondation Bemberg).


VOIR UN EXTRAIT DE LA VIDÉO (3 MN 20, 2009)
DU FILM DE STAN NEUMANN PRÉSENTANT
 LES FRESQUES DE VERONESE
 A LA VILLA BARBARO DE MASER
SI LE LIEN EST ROMPU VOIR LA VIDÉO SUR YOUTUBE


VÉRIFIER SES CONNAISSANCES SUR 
LES FRÈRES BARBARO ET L'ARCHITECTURE DE LA VILLA DE MASER
QUIZ SUR LA VILLA BARBARO DE MASER (1)
VERIFIER SES CONNAISSACES SUR VERONESE ET LES FRESQUES DE LA VILLA DE MASER
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