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vendredi 31 octobre 2014

280-LES COULEURS RETROUVÉES DE LA SCULPTURE ANTIQUE, EXPOSITION À LA GLYPTOTHÈQUE DE COPENHAGUE, 2014






Lion couché, c.570-560 av. J.-C.,
 calcaire, H : 53 cm, L : 100 cm, musée de Loutraki (Grèce).


En 2014, 120 sculptures antiques sont exposées à la Glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague (Danemark). Ces sculptures originales, essentiellement grecques et romaines mais également égyptiennes appartiennent pour une part à la glyptothèque et pour une autre part à de grands musées internationaux qui les ont prêtées.


Caligula, vers 37-41, marbre, H : 28 cm, 
Munich, Gottingen, Archäologischen Institut der Universität Göttingen und Stiftung Archäologie.


L'originalité de cette exposition est de confronter la sculpture originale à un moulage en plâtre qui, lui, reconstitue la polychromie de l'oeuvre initiale, et d'offrir ainsi au visiteur une nouvelle vision colorée des figures et des motifs sculptés, au lieu du marbre blanc ou de la couleur naturelle de la pierre.
L'exposition permet ainsi de visualiser de longues recherches scientifiques sur la polychromie antique des sculptures (et des architectures), sur les traces de couleurs conservées sur les œuvres et visibles à l’œil nu, à la loupe binoculaire et au microscope électronique, ou bien révélées par l'utilisation de laser, de rayons X, de lumière infrarouge et ultraviolette. Des micro-prélèvements ont été réalisés permettant d'identifier la structure de la couche peinte (cire d'abeille et gomme arabique) ainsi que les pigments utilisés, organiques (naturels) et surtout synthétiques (fabriqués), et de proposer ensuite la mise en peinture d'une copie.


VOIR LA VIDÉO (1 MN)  DE PRÉSENTATION DE L'EXPOSITION, 2014



Le mythe d'une sculpture antique monochrome s'est construit à la Renaissance italienne, notamment du fait de la disparition de la polychromie des œuvres au cours du temps. La beauté visible du marbre blanc, pur et sacré, est ainsi devenu un idéal de la sculpture occidentale qui s'est perpétué dans l'imaginaire collectif, malgré les découvertes de Pompéi ou les restes de polychromie sur les bâtiments de l'Acropole.


Tête de guerrier, c.480 av. J.-C.,
d'après l'original, en marbre de Paros, provenant du Temple d'Athéna Aphaia d'Egine.

Reconstitution du fronton sculpté polychrome (face est) du Temple d'Athéna Aphaia d'Egine
 par l'archéologue allemand Adolf Furtwängler (1853-1907), en 1906.

La sculpture blanche occidentale a ainsi pu s'opposer à la sculpture colorée d'autres civilisations jugées barbares, alors que la sculpture et l'architecture antiques et médiévales étaient polychromes. La peinture permettait d'ajouter des teintes réalistes (peau, cheveux, œil, vêtement) mais également des détails peints (accessoires, bijoux, emblèmes, motifs décoratifs et symboliques), parfois guidés par de très légères incisions du sculpteur. 


La Koré au péplos, c.540 av. J.-C.,
 marbre, H : 130 cm, Munich, Stiftung Archäologie.

Les sculptures en bronze étaient pourvues, pour leur part, d'incrustations d'ivoire, d'or, d'argent, de cuivre, d'ambre, de coquillages ou de pierres semi-précieuses, notamment pour les yeux (différentes matières), les dents (argent), les lèvres ou les mamelons (cuivre).


Tête de jeune homme portant le bandeau de la victoire, début du Ier s.,
copie romaine d'un original grec du V° s. av. J.-C., bronze, H : 46 cm,
les yeux en argent ornés de pupille en grenat ont été perdus, Munich, Glyptothek.

Yeux d'une statue de bronze probablement grecque du V° s. av.J.-C.
bronze, marbre, pâte de verre, quartz et obsidienne, 5,1x3,8x3,8 cm, New York, Metropolitan Museum of Art.










jeudi 30 octobre 2014

279-SALVADOR DALI & WALT DISNEY, "DESTINO", 1945/2003




Le projet de Destino est proposé, en 1945, par Walt Disney à Salvador Dali.
 Dali y travaille jusqu'en 1946 (dessins, notes, story-boards), date à laquelle John Hench,
 des studios Disney, monte 18 secondes de film. Le projet est cependant abandonné la même année.
En 1999, les Studios Disney s'intéressent de nouveau à ce projet et c'est le réalisateur français Dominique Monféry
 qui, en se basant sur les documents laissés, termine le court-métrage, avec la technologie actuelle.

 Destino raconte l'amour impossible d'une mortelle et du dieu du temps Chronos,
 avec en fond sonore une chanson folklorique mexicaine d'Armando Dominguez, du même nom.
Destino, primé en 2003, n'est pas sorti en salle mais a été mis à disposition sur Internet.
Tout l'univers surréaliste de Salvador Dali, se déroule dans ce dessin animé : paysage désertique,
 architectures et sculptures étranges, obsession des fourmis, du téléphone, des horloges et des montres,
 images doubles et images cachées avec les paysages anthropomorphes, les ombres portées ou les anamorphoses.

VOIR LE COURT-MÉTRAGE D'ANIMATION (6 MN 30)





278-ANTONI GAUDI, "SAGRADA FAMILIA", 1882-2026 ?




Le projet d'édification de la Sagrada Familia (Temple expiatoire de la Sainte Famille, Barcelone), qui ne repose que sur l'aumône, a débuté en 1882. 
Antonio GAUDI (1852-1926), reprend, dès 1883 et jusqu'à sa mort, la direction du chantier, avec un nouveau projet de très grande ampleur formé de cinq nefs, un transept, un déambulatoire, trois façades et dix-huit tours, dont la plus haute, celle du Christ, devra culminer à 170 mètres.
 Les parties construites du vivant de Gaudi, la crypte et la façade de la Nativité, ont été inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 2005.
Depuis la mort de Gaudi, le chantier est continué par des architectes successifs qui cherchent à rester fidèles au projet initial, malgré la disparition, pendant la guerre civile espagnole, des maquettes et instructions laissées par Gaudi. L'église a été consacrée en 2010 et devrait voir son achèvement en 2026.

VOIR LE FILM DOCUMENTAIRE (5 MN) D'ALBERTO CASTAÑO ET LUIS CALDEVILLA, 2012



VOIR LA VIDÉO (1 MN 30, 2013) MÉLANGEANT IMAGES RÉELLES ET PROJECTIONS 3D
 PERMETTANT DE VISUALISER LA FIN DE LA CONSTRUCTION ESCOMPTÉE EN 2026







mercredi 29 octobre 2014

277-RÉTROSPECTIVES ROBERT COMBAS (2012) ET ERRO (2014-15), MAC LYON


SOMMAIRE DES ARTISTES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


VOIR LA VIDÉO (1 MN 30) DE LA RÉTROSPECTIVE,
 ROBERT COMBAS (né en 1957), "GREATEST HITS", MAC LYON, 2012



VOIR LA VIDÉO (1 MN 45) DE LA RÉTROSPECTIVE,
 ERRO (né en 1932), MAC LYON, 2014-15







mardi 28 octobre 2014

276-LE CORBUSIER (1887-1965), ARCHITECTE ET URBANISTE




Portrait de Charles-Edouard JEANNERET, dit, LE CORBUSIER, 1953,
photo couleur de Willy Rizzo (1928-2013) prise à Paris, au Musée national d'art moderne,
 lors de la rétrospective qui lui a été consacrée cette année-là.


VOIR UN DOCUMENTAIRE (20 MN) SUR L'OEUVRE DE LE CORBUSIER, 1957




LES ANNÉES DE FORMATION (1900-1921)


Charles-Edouard Jeanneret naît en Suisse en 1887. Il entame, dès 1900, des études artistiques et se voit orienté par son professeur vers l'architecture et la décoration. Des voyages, notamment dans toute l'Europe, lui permettent de découvrir ensuite l'architecture de différents pays et de fréquenter les ateliers des grands architectes de l'époque, comme Peter Behrens (designer industriel, 1868-1940) et Walter Gropius (1883-1969) à Berlin, Tony Garnier à Lyon (urbaniste, 1869-1948) et les Frères Perret à Paris (technique du béton armé, système poteau-poutre-dalle, style sans ornement, Auguste Perret, 1874-1954 et Gustave Perret, 1876-1952) qui l'influenceront durablement.

Dès 1917, il s'installe à Paris puis travaille pour les frères Perret. Avec Amédée Ozenfant (1886-1966), il s'initie à la peinture, et jette en 1918 les bases théoriques du "Purisme", une peinture post-cubiste où "les œuvres sont rendues lisibles par des formes simples et dépouillées, organisées en constructions ordonnées génératrices d'harmonie". Avec Ozenfant toujours, il crée en 1920 la revue d'art et d'architecture, "l'Esprit Nouveau", où il adopte dès lors le pseudonyme de "Le Corbusier".



- JEANNERET Charles-Edouard (1887-1965), Composition avec guitare et lanterne, 1920,
peinture à l'huile sur toile.


LES VILLAS, LES LOGEMENTS COLLECTIFS, LES BÂTIMENTS PUBLICS ET LES PROJETS D'URBANISME (1922-1944)


Dès 1922, il ouvre un atelier d'architecte où il s'associe avec son cousin Pierre Jeanneret (1896-1967) et publie des ouvrages exposant ses théories, "Vers une architecture" (1923), qui devient le manifeste du Modernisme en s’élevant contre le décor dégradant la fonction et les cinq ordres de l'architecture pontifiante, puis "Urbanisme" (1924) où il déclare : "Une maison est une machine à habiter"


De 1922 à 1931, il travaille à de nombreux projets fort critiqués dont le Plan Voisin (projet de réaménagement de Paris, avec destructions d'habitations du centre et constructions de gratte-ciel, 1925) et réalise une douzaine de "Villas blanches" ou "Villas puristes " dans Paris et ses environs (dont Les Maisons La Roche et Jeanneret (1923-25 puis 1928) et La Villa Savoye, Poissy, 1928-31), le Pavillon de l'Esprit Nouveau à l'Exposition universelle de 1925, deux Unités d'habitation à Weissenhof (1926-27), la Cité-refuge de l'Armée du Salut (Paris, 1929-33) et le Pavillon suisse à la Cité internationale universitaire de Paris (1930-32). 




VILLA LA ROCHE, PARIS, 1923-25

VOIR UNE VIDÉO (4 MN 30, 2011) DE PRÉSENTATION DE LA VILLA LA ROCHE, 1923-25



PLAN VOISIN, 1925

- LE CORBUSIER (Charles-Edouard Jeanneret dit, 1887-1965), Plan Voisin, 1925,
projet (non réalisé) pour le centre de Paris.


LE PAVILLON DE L'ESPRIT NOUVEAU, 1925

- LE CORBUSIER (1887-1965) et JEANNERET Pierre (1896-1967), Pavillon de l'Esprit Nouveau, 1925,
Exposition internationale des Arts décoratifs, Paris, 
Montrer les transformations radicales et les libertés nouvelles apportées par le ciment armé ou l'acier dans la conception de l'habitation de ville. Montrer qu'un appartement peut être standardisé pour satisfaire aux besoins d'un homme "de série". La cellule habitable pratique, confortable et belle, véritable machine à habiter, s'agglomère en grande colonie, en hauteur et en étendue.

Le pavillon sera donc une "cellule" d'immeubles-villas construite entièrement comme si elle se trouvait à 15 m au-dessus du sol. Appartements et jardins suspendus. 


Il publie dès 1927 ses "Cinq points d'une nouvelle architecture" moderne : 
- pilotis, permettant la circulation sous le bâtiment et la récupération du terrain,
- plan libre, ossature ou système Dom-ino (Domus-Innovation), depuis 1914, composé d'un module combinable en béton armé comprenant trois dalles, six poteaux et un escalier et permettant une distribution intérieure indépendante pour chaque niveau (cloisons), du fait de l'absence de murs porteurs,


- Le Corbusier (1887-1965), Système Dom-ino, croquis, 1914-15. 

- fenêtres en longueur, en un long bandeau horizontal du fait du plan libre (et non plus de fenêtres verticales disposées en fonction des murs porteurs),
-façade libre, offrant des volumes géométriques simples (poteaux et poutres en béton armé) aux parois lisses (remplissage en parpaings de mâchefer),
- toit-terrasse, permettant lumière, air et vue, avec dalles de ciment, parfois plantations et kiosque (en remplacement des combles traditionnels et du toit en pente).

La réflexion de Le Corbusier touche aussi la question du mobilier, pour une part encastré et pour une part libre. Il s'associe pour les meubles libres avec la maison allemande Thonet (chaises en bois courbé) et collabore avec Charlotte Perriand et Jean Prouvé.


LA VILLA SAVOYE, POISSY, 1928-31

- LE CORBUSIER (1887-1965) et JEANNERET Pierre (1896-1967), La Villa Savoye et le pavillon du jardinier, Poissy (Ile-de-France), 1928-1931,
Le dégagement d’une travée entière de pilotis et le retrait du rez-de-chaussée
 peint en vert sombre pour en effacer la masse dans l’ombre, accuse l’impression d’élévation.
 La courbe du rez-de-chaussée est calculée selon l’arc de giration minimum d’une voiture.
 La circulation automobile devient une composante à part entière de la composition architecturale.
 À l’intérieur également, la distribution et la conception spatiale sont définies selon les mouvement des usagers tout au long de la rampe qui du rez-de-chaussée dessert toute la villa jusqu’au solarium.


- LE CORBUSIER (1887-1965) et JEANNERET Pierre (1896-1967), La Villa Savoye et le pavillon du jardinier, Poissy (Ile-de-France), 1928-1931,
élévation de la villa, vue en plongée.


VOIR UNE VIDÉO (4 MN 30, 2011) DE PRÉSENTATION DE LA VILLA SAVOYE, 1928-31




Après la crise de 1929, Le Corbusier élabore de nombreux projets internationaux sur l'organisation de la concentration urbaine (Rio-de-Janeiro, Moscou, Alger, Barcelone, Anvers, Genève, Stockholm) et participe aux Congrès internationaux d'Architecture Moderne (CIAM), notamment celui d'Athènes en 1933. Ce Congrès lui inspire "la Charte d'Athènes" qui paraîtra en 1943, où il expose ses conceptions de l'architecture liée à la vie sociale et quotidienne urbaine : "Les matériaux de l'urbanisme sont le soleil, l'espace, les arbres, l'acier et le ciment armé, dans cet ordre et cette hiérarchie (...) la plupart des villes étudiées offrent l'image du chaos (...) Un nombre minimum d'heures d'ensoleillement doit être fixé pour chaque logis (...) Les clés de l'urbanisme sont dans les quatre fonctions : habiter, travailler, se recréer, circuler (...) Les constructions hautes implantées à grande distance l'une de l'autre doivent libérer le sol en faveur de larges surfaces vertes (...) Les rues doivent être appréciées selon leurs destinations (...) Le piéton doit suivre d'autres chemins que l'automobile "

Le Corbusier est naturalisé français, à sa demande, en 1930. Malgré la critique, il acquiert une audience internationale, voyage dans le monde entier et collabore à des réalisations, comme le Ministère de l'Education nationale à Rio de Janeiro (1936-1943), avec les architectes Lucio Costa (1902-1998) et Oscar Nemeyer (1907-2012).



LA CITÉ -REFUGE DE L’ARMÉE DU SALUT, PARIS, 1929-33

- LE CORBUSIER (1887-1965) et JEANNERET Pierre (1896-1967), La Cité-refuge de l'Armée du Salut, Paris, 1929-1933, vues de la façade sud,
Le bâtiment apparaît comme un ensemble combinant de multiples activités liées à la vie quotidienne, certaines, comme la crèche, étant novatrices, d’autres relatives à la santé et à l’hygiène (dispensaire, vestiaire, solarium, au travail (ateliers, bureaux), à l’hôtellerie (cuisine organisée et équipée rationnellement, buanderie, etc). Une grande importance est donnée aux locaux techniques, liée au contrôle de l’environnement, dans le sous-sol. La modernité s’exprime dans ce programme assez innovant, et surtout dans les équipements techniques de la cuisine et de la crèche, ainsi que le mobilier, très simple et rationnel. Ces fonctions diverses (réfectoires, chambres, dortoirs, crèches) sont unifiées par les pans de verre. La Cité de Refuge est un bâtiment extrêmement rationnel et efficace dans sa distribution. Les circulations verticales qui desservent séparément deux blocs destinés aux hommes d’une part et aux femmes de l’autre, diminuent de moitié à partir du 5ème étage (crèche). Elles sont appuyées côté Nord sur un mur d’héberge en maçonnerie traditionnelle de moellons et sont éclairées par des courettes. Les ascenseurs, d’abord situés face aux escaliers, sont rejetés sur les côtés avec les sanitaires. L’ensemble du bloc vertical est complété par les deux grandes cheminées de ventilation. 


LES RÉALISATIONS FRANÇAISES ET INTERNATIONALES (1945-1965)

L'après-guerre nécessite un plan urgent de reconstruction des villes bombardées. Il s'associe de nombreux collaborateurs. Ses propositions d'ensemble (La Rochelle, Saint-Gaudens, Saint-Dié) rencontrent peu de succès mais une Unité d'habitation (La Cité radieuse, logement social) est construite à Marseille (1945-52) et l'église Notre-Dame à Ronchamp (Franche-Comté) en 1950-55.


Depuis les années 20, Le Corbusier réfléchit à un outil de mesure qui soit lié à l'échelle du corps humain, comme le système anglo-saxon du pied-pouce, mais qui soit en même temps décimal, comme le système métrique. Il met au point le Modulor (Module-Nombre d'or), basé sur le rapport de proportions entre l'espace d'habitation et le corps d'un homme de 1,83 m et détermine ainsi la hauteur des plafonds à 2,26 m (hauteur du corps cité, bras levé), celle d'une table à 0, 70 m, d'une chaise à 0, 43 m, d'un bar à 1, 13 m ou celle d'un élément de cuisine à 0, 86 m.


- LE CORBUSIER (1887-1965), Modulor, 1945.

Il fait breveter le Modulor en 1945, l'utilise pour la première fois au moment de la réalisation de l'Unité d'habitation de la Cité radieuse à Marseille (projet de 1945, pose de la première pierre en 1947, inauguration en 1952) et publie un ouvrage du même nom en 1950. Quatre autres Unités d'habitation sont construites sur le même plan en France (Rezé-Nantes, Loire-Atlantique, 1950-1956 ; Briey, Meurthe-et-Moselle, 1959-61 ; Firminy, Rhône-Alpes, 1965-67) et en Allemagne (Berlin, 1957-58).



UNITÉ D'HABITATION, MARSEILLE, 1947-52

- Le Corbusier (1887-1965) avec André Wogenscky (1916-2004) et l’Atelier des Bâtisseurs (ATBAT) dont le directeur technique est Vladimir Bodiansky (1894-1966), Unité d'habitation, Marseille, 1945-1952, maquette et vue du toit-terrasse,
l'édifice se présente sous la forme d’une barre d’habitation de 135 mètres de long, 24 mètres de large et 56 mètres de haut, montée sur pilotis.
 Trois cent trente appartements, répartis en vingt-trois types différents (duplex) peuvent accueillir une population de 1 500 à 1 700 habitants qui disposent au septième et huitième étages, d’une rue commerçante, d’un hôtel-restaurant, et sur la terrasse d’une école maternelle, et d’équipements sportifs.
Le principe constructif retenu dit « casier à bouteilles », consiste à construire des appartements à l’intérieur d’une ossature indépendante de poteaux et de poutres en béton armé. L’ossature repose sur un « sol artificiel » situé au sommet des dix-sept portiques en béton, véritable galerie des machines de cette immense paquebot de béton. 


- Unité d'habitation, Marseille, 1945-1952, vue de la troisième rue desservant le jardin d'hiver et vue du toit-terrasse.


- Unité d'habitation, Marseille, 1945-1952, vue d'un appartement, séjour et cuisine,
Le Corbusier retient le béton pour l’ossature générale, le bois et le métal pour l’ossature des logements. Les logements bénéficient d'une isolation exceptionnelle, de l'ensoleillement, d'une loggia brise-soleil, du double-vitrage, de l'air conditionné, d'un séjour ouvert sur deux niveaux, d'une cuisine équipée, et d'ascenseurs, d'escaliers de secours, de rues, de services et d'équipements collectifs.



LA CHAPELLE, RONCHAMP, 1950-55

- LE CORBUSIER (1887-1965), Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp (Haute-Saône), 1950-55, vues extérieure et intérieure,
ensemble curviligne, avec des murs en pierres, recouverts de béton enduit de chaux blanche, une ossature de béton recevant la couverture en coque de béton (qui ne repose donc pas sur les murs en pierres), porte émaillée et ouvertures avec des verres blancs ou de couleurs,
la chapelle catholique votive, au cœur d'un lieu de pèlerinage, accueille des célébrations religieuses qui peuvent rassembler jusqu’à 200 personnes. Son chœur (autel) extérieur orienté vers l’est, offre simultanément un lieu ouvert de célébration pouvant rassembler plus de 2 000 pèlerins.


- Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp (Haute-Saône), 1950-55, plan.


Le début des années 50 voit enfin la reconnaissance de Le Corbusier en France (exposition de ses dessins 1918-28 à la Galerie Denise René en 1952, rétrospective au Musée national d'art moderne en 1953, alors que l'artiste a 66 ans). Le Corbusier se concentre ensuite sur des projets et des réalisations en Inde, avec les six bâtiments du complexe administratif de Chandigarh (1952-59) et également des résidences de luxe.
En 1952, il se construit un petit cabanon à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) où il viendra désormais chaque année passer un mois de vacances estivales, se reposer de ses nombreux voyages et y mourir en 1965.



CABANON, ROQUEBRUNE-CAP-MARTIN, 1952

- LE CORBUSIER (1887-1965), Cabanon, Roquebrune-Cap-Martin, 1951-1952, vue extérieure et élévation intérieure.


- LE CORBUSIER (1887-1965), Cabanon, Roquebrune-Cap-Martin, 1951-1952, vues intérieures,
Sa construction associe le bois, ses dérivés (contre-plaqué) et les matériaux industriels (plaques ondulées de fibrociment en couverture et isolation en laine de verre). Les façades sont revêtues de dosses de pin imitant des rondins mais le projet initial prévoyait un bardage d’aluminium qui aurait conféré une tout autre esthétique et modifié le rapport au site. Le volume intérieur est divisé en un couloir d’accès et une pièce unique, carré de 3 m 66 de côté et 2,26 m de haut. Dans cet espace minimal mais très élaboré, conçu à partir du modèle théorique du plan libre, les fonctions de séjour, de toilette et de repos sont réparties autour d’un vide central réservé à la circulation. La vue exceptionnelle sur la mer, la maîtrise de la lumière, le mariage entre les couleurs vives du plafond et du sol et le ton chaud du bois des parois, l’animation apportée ponctuellement par le décor peint des volets repliables et du couloir, le caractère épuré mais fonctionnel du mobilier, tout concourt à l’agrément du séjour.



La fin des années 50 et le début des années 60 est marqué par ses dernières réalisations françaises et internationales, le Pavillon du Brésil à Paris (1957-59), le Centre Carpenter for the Visual Arts à Harvard-Cambridge (1959-65), le Musée d'art occidental à Tokyo (1957-61) et le Centre de recréation du corps et de l'esprit de Firminy-Vert à Firminy (1953-65).



LE PATRIMOINE LE CORBUSIER (1965-2014)


L'architecte est l'un des représentants du Mouvement Moderne, il a inventé une nouvelle esthétique et un nouveau langage architectural, il s'est inscrit dans une démarche de recherche et d'invention (système Dom-ino, polychromie structurant l'espace en affirmant ou effaçant les volumes, outil Modulor), il a relevé les défis de la standardisation, de la modélisation et de l'industrialisation du bâtiment pour abaisser les coûts, il a cherché à résoudre la question de l'habitat de l'homme moderne, et il a cherché à assurer un équilibre entre l'espace privé de l'homme et l'ensemble des services qui lui sont nécessaires (Unité d'habitation, projets d'urbanisme).

Dès 1968, une Fondation Le Corbusier s'ouvre à Paris dans la Maison La Roche, conçue par l'architecte. En 2009 puis 2011, une demande d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial a été déposée par la France auprès de l'UNESCO, au nom de six pays (sur les 9 pays où des œuvres ont été réalisées et sur les 20 pays où il a déposé des projets), avec un ensemble de dix-neuf bâtiments retenus (selon les critères d'authenticité, d'intégrité et de conservation) dont douze sont situés sur le territoire français (habitat collectif, habitat standardisé, maisons individuelles, résidences-ateliers, urbanisme, programmes industriels, architecture sacrée) : Maisons La Roche et Jeanneret, Paris, 1923-25 ; Cité Frugès, Pessac, 1924-26 ; Villa Savoye et loge du jardinier, Poissy, 1928-31 ; le Pavillon suisse à la Cité Internationale, Paris, 1930 ; Immeuble locatif à la Porte-Molitor, Boulogne-Billancourt, 1931-34 ; Unité d'habitation, Marseille, 1945-52 ; Manufacture, Saint-Dié (Lorraine), 1946-48 ; Chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp (Franche-Comté), 1950-55 ; Maisons Jaoul, Neuilly/Seine, 1951-52 ; Cabanon Le Corbusier, Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-maritimes), 1951-52 ; Couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette, Eveux (Rhône-Alpes), 1953-60 ; Centre de recréation du corps et de l'esprit de Firminy-Vert, Firminy, 1953-65.

La liste des bâtiments de 2011 ayant été refusée car jugée trop importante, un nouveau dossier sera déposé au début de l'année 2015, dans l'espoir d'un classement au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 2016.

Si Le Corbusier est surtout connu pour ses talents d'architecte, d'urbaniste et de théoricien (une trentaine d'ouvrages et une centaine d'articles publiés entre 1912 et 1966), il est en fait un artiste complet, tout à la fois dessinateur, graveur, peintre (tableaux, peintures murales), photographe, designer, créateur d'émaux, de tapisseries et de sculptures.


L'oeuvre de Le Corbusier va être particulièrement mise à l'honneur dans les années prochaines, notamment avec le cinquantième anniversaire de sa mort en 2015 et le centrentième anniversaire de sa naissance en 2017. 



POUR EN SAVOIR PLUS
FONDATION LE CORBUSIER




vendredi 24 octobre 2014

272-L'EXPOSITION, JOANA VASCONCELOS, À VERSAILLES, 2012


SOMMAIRE DES ARTICLES DU BLOG ET LIENS DIRECTS


- VASCONCELOS Joana (née en 1971), A Noiva (La Mariée), 2005,
métal et près de 25.000 tampons hygiéniques formant un lustre blanc de 5 m de hauteur,
vue de l'oeuvre exposée à Paris, sous la verrière du CentQuatre, 2012.


Joana Vasconcelos est une artiste portugaise qui est née en 1971 à Paris et qui s'est fait connaître dans les années 2000 par ses installations, et notamment en 2005 par son oeuvre intitulée, A Noiva, exposée à la Biennale de Venise (refusée à Versailles mais montrée ci-dessus). 
Son art repose sur l'utilisation et le détournement d'une part, d'objets industriels accumulés et d'autre part, d'artisanat d'art traditionnel portugais (soieries, dentelles au crochet, guirlandes florales, tissus et vêtements), le tout dans une volonté décorative et critique.
VOIR LA VIDÉO (3 MN) DE PRÉSENTATION DES ŒUVRES EN GROS PLAN



VOIR LA VIDÉO (2 MN 45) DE PRÉSENTATION DE L'EXPOSITION  PAR L'ARTISTE



VOIR LA VIDÉO (3 MN 30) DE PRÉSENTATION DE L'EXPOSITION PAR L'ARTISTE








jeudi 23 octobre 2014

271-SHEN SHAOMIN (NÉ EN 1956), OEUVRES




VOIR LA VIDÉO (EN BOUCLE) DE 7 SECONDES
video
- SHAOMIN Shen (né en 1956), I Sleep On Top of Myself (Dog), 2012,
silicone, moteur, pompe à air faisant respirer la sculpture, socle en bois, 53x80x100 cm.

Shen Shaomin est un artiste chinois qui depuis la fin des années 1980, alterne sa vie entre la Chine et l'Australie. Il s'est fait connaître sur le plan international à partir des années 2000.


Son art s'intéresse au corps humain et animal mais également au végétal et à la mécanique (machines, engins volants, pompes). Il délivre un message universel, en mettant en question les régimes politiques, les religions et les conflits, la spoliation de la planète par l'homme (exploitation des ressources, pollution, extermination des races animales) et le désir de contrôle total des espèces et de la race humaine (contrôle des citoyens, dérives de la science, de la génétique).

Ses œuvres expriment un contexte de fin du monde, avec la présence de créatures morbides : bonsaïs torturés, squelettes reconstitués (à partir d'os d'animaux et même d'humains) d'un bestiaire de fiction aux monstres hybrides, corps animaux et humains hyperréalistes, êtres nus et fragiles, vieux, endormis ou mourants, comme Fidel Castro (né en 1926 et encore en vie) avec une sculpture respirante, et même cadavres (corps embaumés) dans des cercueils vitrés, notamment de dirigeants communistes parmi lesquels Lénine ou Mao Tsé-Tung (1893-1976).



- SHAOMIN Shen (né en 1956), Unknown Creature - Three Headed Monster, 2002,
os, farine d'os, colle, 150x70x670 cm, London, The Saatchi Gallery,
squelette de monstre inventé mais d'apparence scientifique, constitué de 3 têtes de crânes de vaches
 et d'os gravés des versets du coran, de la Bible et du Sutra bouddhiste.

- SHAOMIN Shen (né en 1956), Unknown Creature - Three Headed Monster, détail, 2002,
os, farine d'os, colle, 150x70x670 cm, London, The Saatchi Gallery,
les versets de différentes religions se trouvent entremêlés.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), Unknown Creature - Mosquito, 2002,
os, farine d'os, colle, 240x240x230 cm, London, The Saatchi Gallery.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), Experimental Studio n° 2 - Sunflower, 2005,
os, farine d'os, colle, 130x15 cm, London, The Saatchi Gallery.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), Three headed Six Armed Superhuman, 2005,
os, farine d'os, colle, verre,
squelette d'enfant avec 3 têtes et 6 bras.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), Sagittarius, 2005,
os, farine d'os, colle, 100x60x165 cm, New York, Klein Sun Gallery.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), I Sleep On Top of Myself, 2011-2012,
installation, technique mixte, silicone, moteur, pompe à air, socle en bois, dimensions variables,
ensemble d'animaux (chien, chat, poulets, porcs, mouton, agneaux ...) hyperréalistes (silicone), écorchés, endormis et respirant (pompe à air), couchés sur leur fourrure ou leurs plumes, au-dessus de monticules de cristaux de sel.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), I Want To Know What Infinity Is, 2005,
silicone, moteur, pompe à air, cheveux humains, résine synthétique, métal, chaise longue en bois, 150x60x80 cm,
sculpture hyperréaliste et respirante de très vielle femme nue endormie ou mourante, sur un sol de cristaux de sel, New York, Klein Sun Gallery.
Dans certaines expositions, l'artiste fait intervenir un performer nu et vivant qui rivalise avec le réalisme de cette femme mais s'anime à un moment donné.


- SHAOMIN Shen (né en 1956), Distorsion, Bonsai, n° 45, 2007,
végétal et éléments métalliques, 84x71x51 cm, New York, Klein Sun Gallery,
la croissance du bonsaï est contrainte pendant plus de 10 années, évoquant notamment la contrainte des pieds bandés des chinoises qui s'est maintenue du X° siècle jusqu'au XX° siècle.


 - SHAOMIN Shen (né en 1956), The G5 Summit, 2010,
installation à la Biennale de Sidney, silicone, vrais cheveux, vêtements, quatre cercueils vitrés, lit.



 - SHAOMIN Shen (né en 1956), The G5 Summit, détail, Mao, 2010.


 - SHAOMIN Shen (né en 1956), The G5 Summit, détail, Fidel Castro, 2010,


VOIR D'AUTRES ŒUVRES DE SHAOMIN ET DE SCULPTEURS HYPERRÉALISTES






mercredi 22 octobre 2014

270-RANDOM INTERNATIONAL, "RAIN ROOM", 2012




VOIR LA VIDÉO (1 MN) DE L'INSTALLATION AU BARBICAN CENTER DE LONDRES DU COLLECTIF ANGLO-ALLEMAND, 
RANDOM INTERNATIONAL, RAIN ROOM, 2012-2013.
3.500 litres d'eau recyclée tombent avec grand bruit chaque jour, dans une pièce quasi-obscure
 où de petits groupes de visiteurs sont appelés à méditer, déambuler ou danser lentement, sans se mouiller.
Leur présence est en effet détectée par des caméras qui modélisent et anticipent
 leur position en 3D, faisant s'arrêter les trombes d'eau à leur passage.
Une installation technologique et numérique qui maîtrise une pluie artificielle, joue du son,
 de l'ombre et de la lumière et surtout du parcours interactif du spectateur émerveillé.






mardi 21 octobre 2014

269-LUIGI SERAFINI, "CODEX SERAPHINIANUS", 1981




SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, p 62.



Un nouvel article de Martine CHIARAPPA, professeur d'Arts plastiques du Collège Jean Moulin d'Alès (Gard) et partenaire du blog.
Si vous aussi, vous souhaitez devenir partenaire du blog et y publier des articles, merci de me contacter à l'adresse suivante : patin.camus@gmail.com 


VOIR UNE VIDÉO (5 MN 26, 2015) DE PRÉSENTATION DU CODEX SERAPHINIANUS, 1981.



 SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, pp 242-243.

 SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, pp 278-279.

SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, pp 344-345.


Le Codex Seraphinianus, publié en 1981, a été écrit et dessiné dans les années 1970 (près de quatre ans de travail) par l'architecte et artiste italien, Luigi SERAFINI, né en 1949. Le mot "codex" est un mot ancien qui désigne des feuillets assemblés ; cela renvoie aux débuts du livre dont la forme a été inventée au cours du II° siècle avant Jésus-Christ (en Asie-Mineure).


 SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, p 15.



Ce codex prend l'allure d'une encyclopédie organisée en plusieurs chapitres qui étudie un univers extra-terrestre inspiré par notre monde. Il traite du vivant (humain, animal, végétal), du minéral et d'une certaine forme de science traitant de l'architecture, des mathématiques et d'autres domaines, comme des costumes ou des jeux. Le tout représente 370 pages écrites dans un alphabet totalement inventé, laissant place à l'imaginaire du lecteur pour inventer l'histoire. Cet alphabet reste non décrypté, même si à ce jour certains s'y essaient encore.
Ce qui fait de ce livre un livre d'art c'est à la fois les illustrations, l'écriture et la mise en page, l'inventivité des formes et des couleurs, la place du texte dans la page et le fantastique qui en émane.


SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, p 25.

SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, p 77.

SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, p 121.

SERAFINI Luigi (né en 1949), Codex Seraphinianus, 1981, p 124.


Étrangetésbizarreries, monstruosités, êtres hybrides, métamorphoses : les créatures imaginaires et fantastiques de ce codex font écho à celles de l'histoire et de l'histoire de l'art qui illustrent nos croyances et nos peurs depuis la nuit des temps. Du VI° siècle avant Jésus-Christ, on peut noter l'hyppalectryon, créature hybride de la Grèce antique. D'autres créatures antérieures pourraient faire l'objet d'une recherche mais il apparaît que nos représentations les plus anciennes témoignent d'un imaginaire propice à inventer des formes sophistiquée afin de « conjurer » ce qui ne pouvait faire l'objet d'un raisonnement.
Il ressort que ces formes fantastiques se créent à partir d'un fond de réalité pour s'en extraire par la fiction. Elles s'inventent au gré des époques et des besoins en relation avec les cultures, légendes et religions (masques chinois, africains...). Les cartographes des XV° et XVI° siècles ne mélangent-ils pas ce qu'ils ont pu observer avec l'évocation de légendes antiques ?


- Hyppalectryon, figurine en terre cuite de Thèbes, vers 575-470 av. J.-C., Paris, Musée du Louvre.
 - Gargouille, sculpture en pierre, église Notre-Dame-de-Paris, XIII° s.


- BOSCH Jérôme (c.1450-c.1516), Triptyque du Jardin des Délices, 1503, détails de l'Enfer, panneau de droite,
huile sur bois, 220x389 cm, Madrid, Musée du Prado.



- LE TESTU Guillaume (c.1510-1573, explorateur et cartographe français, pilote royal du Havre), Cartographie universelle, 1556,
 détails de l'Asie centrale, nord-est de l'Inde, folio 28 v°, premier détail avec Cynocéphale, Blemmye et Sciapodes, et second détail avec Blemmye,
manuscrit enluminé sur papier, 118 pages dont 57 planches, 53x36 cm,
Vincennes, Service historique de la Défense, Bibliothèque D-1-Z.14.


Aujourd'hui, cet imaginaire perdure dans l'art jusque dans les jeux vidéo. A ce titre, Juan Fontcuberta (séries Herbarium, 1984, et  Fauna, 1985-89) ou Wim Delvoye (Atlas, 1999), comme Luigi SERAFINI (Codex, 1981), font partie des artistes qui poursuivent cette tradition mais pas avec les mêmes objectifs.
Il semble loin le temps de l'obscurantisme où chacun priait dans le confessionnal par peur du diable, des mauvais esprits qui faisaient trembler dans les chaumières, encore que... Dans certaines cultures, certaines traditions, la notion de mauvais esprit, de fantômes et autres chimères continuent de sévir et posséder.
Tel n'est pas le souhait de nos deux artistes. Chacun, à leur manière, crée un univers singulier ou le vrai et le faux s'hybrident, se confondent, s'interpénètrent au point où les figures trouvent leur justesse et leur juste place, dans un vitrine, une installation, un livre. Leur genre revisite le réel pour créer des œuvres dont l'objectif est de nous confondre, nous bousculer, nous interroger sur nos représentations, nos aprioris. En adhérant à leur univers, nous partons en voyage le temps d'une lecture ou d'une exposition. N'est-ce pas là aussi l'un des offices de l'art ?


- FONTCUBERTA Joan (né en 1955), Lavandula angustifolia (Série Herbarium), 1984,
tirage gélatino-argentique. Plante réalisée avec des matériaux pauvres, des déchets, des végétaux et une tête de poulet.


- FONTCUBERTA Joan (né en 1955), Felix Penatus (Série Fauna, 1985-1989),
 squelette du félin ailé ; vestiges osseux découverts en 1932 dans une caverne du Grand Atlas, Maroc.
- FONTCUBERTA Joan (né en 1955), Aerofantes (éléphants volants), (Série Fauna, 1985-1989),
 couple du Kenya prenant leur vol. Photographie de Claude A. Bromley ( 1941), document dune valeur douteuse.



- DELVOYE Wim (né en 1965), Atlas, 1999,
40 cartes couleur du planisphère physique et géographique
mais avec des déformations, des déplacements, des formes étranges et humoristiques
 (île ci-dessus en forme de chaussure) et 2715 noms inventés (continents, mers, pays, villes ...).