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samedi 30 janvier 2016

443-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-18



- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail,
Tombe du sculpteur (1943) au Cimetière de Rabiac, Antibes (sculpture, vers 1915-1943).



LA TOMBE DU SCULPTEUR RICCARDO AURILI (1864-1943) À ANTIBES


Ce 29 janvier, me voici parti à la recherche de la Tombe de Riccardo Aurili, probablement située au Cimetière de Rabiac de la ville d'Antibes. Ce n'est pas sans une certaine émotion mêlée de joie que j'aperçois et découvre, de loin, une sculpture de marbre blanc qui domine son tombeau et semble y esquisser un pas de danse. 


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), Tombe du sculpteur (1943),
Cimetière de Rabiac, Antibes (sculpture, vers 1915-1943).


A la tête d'une dalle plus récente de marbre gris moucheté, portant l'inscription gravée et dorée, "FAMILLE AURILI" (probablement renouvelée par la fille cadette du sculpteur, Atala, dans les années 1970-1980), subsiste en effet un ange de marbre blanc plus ancien, semblable à celui de la Tombe Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (Plateau Gambetta). 



 - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe,
(à gauche) de la Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943),
 (à droite) de la Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).
Les deux sculptures sont quasi identiques, variant légèrement par leur surélévation et leur vieillissement.


  - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe,
(à gauche) de la Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943),
 (à droite) de la Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).


La comparaison des deux statues aide à mieux percevoir l'ensemble du corps. En effet, les pieds et le dos de l'Ange de Nice sont peu visibles, alors qu'ils sont à découvert à Antibes.


 - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détails des pieds,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).


 - AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détails du revers,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).


Cet "ange" déhanché, aux formes féminines drapées, a de très longues ailes ramenées sous les genoux. Tout le poids de son corps repose sur la jambe droite avec le pied nu bien à plat, alors que sa jambe gauche est pliée, révélant le genou saillant sous le tissu, et le pied oblique. La figure élève à son tour un luminaire dans la main droite (lampe romaine paléochrétienne) et, inclinant fortement la tête sur l'épaule du même côté, lève le cou et scrute le ciel. Elle tend de plus le bras gauche en arrière, comme elle le fait à Nice pour retenir, de sa main, la porte ouverte du tombeau.


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail du buste,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943).


Sa tête aux cheveux ondulés mi-longs est ceinte d'un bandeau. Sa tunique à l'antique possède de larges manches mi-longues fendues et attachées par des agrafes (resserrées sur l'épaule droite et écartées sur celle de gauche). Resserrée sous la poitrine et blousante à la taille au-dessus d'une ceinture, elle descend jusqu'aux pieds et traîne sur le sol.

Cette silhouette évoque tout à la fois certaines figures mythologiques et certains anges chrétiens mais sa poitrine de femme crée l’ambiguïté. Sa symbolique est de même ambiguë et multiple, mêlant plusieurs symboles évoquant le Sommeil de la Mort et l'Attente du RéveilLa lampe peut tout à la fois évoquer par sa flamme le souvenir du défunt, sa foi ardente et l'attente de son âme. "L'ange" protecteur veille sur les défunts de la tombe jusqu'à la venue de la lumière divine, annonçant la Résurrection qu'il semble apercevoir, et guide enfin de sa lampe leur sortie des Ténèbres.


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).



Cette figure jumelle me conforte dans ma conviction de considérer le tombeau niçois comme l'oeuvre majeure de la carrière de l'artiste. Cette statue est signée sur le biseau du socle, "PROF. R. AURILI".
Cette signature, tout à fait conforme par son libellé à l'habitude de l'artiste, n'est cependant pas conforme à son style (lettres capitales au lieu d'une écriture fine, manuscrite et penchée). Cette remarque m'a conduit à repérer la signature initiale, juste au-dessus du socle, au milieu des deux pieds, dans la courbe d'un pli du vêtement. 


- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détails des signatures,
Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac, Antibes (vers 1915-1943).


Cette statue, doublement signée, n'est par contre pas datée. On peut considérer que le geste du bras en arrière est déduit de la porte du Tombeau niçois. Il est cependant impossible de savoir si cet ange du Cimetière de Rabiac est quasi-contemporain de celui du Cimetière du Château, sculpté à Nice vers 1920-1930 et déménagé ensuite, ou s'il lui est postérieur, sculpté dans les années 1930 à Villeneuve-Loubet. L'artiste a probablement désigné cette sculpture pour sa tombe à sa femme Elisa qui a respecté son vœu en 1943.


Sur la dalle, sous le montant horizontal d'une grande croix latine couchée s'égrènent, presque illisibles, les noms gravés, à la dorure disparue, du sculpteur et de sa famille : RICCARDO AURILI (1864-1943) - ELISA AURILI (1877-1956) - BRUNNETTA AURILI (1892-1958) (et non pas 1894-1965, comme je le croyais) - et enfin NATALIA AURILI (1891-1973). J'apprends ensuite qu'Atala Aurili, née en 1893 et décédée à Livorno en 1987, est également inhumée dans ce tombeau, même si son nom n’apparaît pas. Aurelio (1890-1916) a, quant à lui, probablement été inhumé en 1916 en Toscane.

Difficile de quitter ce Cimetière de Rabiac sans faire le tour des autres tombes, à la recherche d'autres œuvres potentielles de Riccardo Aurili. En fait, ce cimetière offre très peu de statues et je ne trouve pas de nouvelle oeuvre de Riccardo Aurili. Je croise cependant les signatures de marbriers antibois et cannois mais également celles des marbriers niçois, comme Oreste Scopi et Jean-Baptiste Ronchese, avec des monuments d'ailleurs très semblables à ceux du Cimetière niçois.

Sur la route du retour, je visite également le village et le cimetière de Villeneuve-Loubet où Riccardo avait sa boutique, dans la même vaine quête. Le cimetière est dépourvu de statues et si le village offre bien le Monument à Jean Escoffier, offert par souscription publique, suite à son décès en 1935, le buste est signé du sculpteur niçois, Louis Maubert (1875-1949).



 

- AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail du visage,
Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).



BIOGRAPHIE DE RICCARDO AURILI (1864-1963)


Les derniers renseignements acquis me permettent de finaliser comme suit la biographie de l'artiste, même si cette dernière reste encore sujette à ajouts et modifications. Cette fiche a été actualisée le : 19 avril 2016.

 ITALIE (1864-c.1883)
- Le 17 décembre 1864 : naissance de Riccardo Marco Alessandro Aurili, en Italie, à Bibbona en Toscane (à près de 70 kms au sud de Pise), fils de Lorenzo Aurili (descendant d'une illustre famille italienne connue dès le XII° siècle) et de Rosa Pasciatini. Il est l'aîné d'une famille de 6 (?) enfants.

- Fin des années 1870-début des années 1880 : formation de sculpteur à l'Académie des Beaux-Arts de Florence, avec pour professeurs Augusto Rivalta (c.1835/1838-1925) et Emilio Zocchi (1835-1913).

FRANCE (c.1883-c.1904)
- Avant 1884 (et ses 20 ans) : départ pour Paris pour compléter sa formation, avec probablement une inscription à l'Ecole des Beaux-Arts où il est l'élève d'Auguste Dumont (1801-1884) puis peut-être de Jean-Léon Gérôme. S'il est possible qu'il soit ensuite l'un des mouleurs en plâtre de l'atelier de sculpture du peintre Edouard-Joseph Dantan (1848-1897), il est certain qu'il soit celui du peintre et sculpteur Jean-Léon Gérôme (1824-1904) (photo de 1892).

- Vers 1889 (à 25 ans) : second mariage (les dates du premier mariage sont inconnues) avec Elisa Charlotte van Humbeeck (1877-1956), fille d'une grande famille bruxelloise, et installation avec elle à Paris. Ils résident à plusieurs adresses successives, à Levallois-Perret (adresse citée en 1894), 2, rue Aumont-Thiéville (adresse citée en 1896), 7, rue Daguerre (adresse citée en 1901 et 1902) et enfin, Villa Corot, 2 rue d'Arcueil (adresse citée en 1903).

- De 1890 à 1904 : sa première oeuvre signée apparaît dans un Catalogue d'objets d'art d'une vente organisée à l'Hôtel Drouot le 27 décembre 1890 (Baigneuse, marbre, H : 1,12 m). Il expose ensuite régulièrement ses œuvres au Salon des Artistes Français (1893, 1894, 1896, 1900, 1901, 1902, 1903), ainsi qu'à d'autres expositions (Salon d'Automne, 1897 ; Exposition des Beaux-Arts de Charenton, 1903) et vend ses modèles à des éditeurs d'art parisiens (1899), notamment L. et S. Ettlinger Frères (9 rue Saint-Anastase ; par leur intermédiaire, il participe à l'Exposition Universelle de 1904, Saint-Louis, Missouri) ; il expose probablement en parallèle à Florence et garde des liens intimes avec sa région d'origine. 

Ses œuvres de ces années là (bustes surtout) marquées par la tradition néoclassique et l'Art Pompier se voient renouvelées au tournant du siècle par des influences réalistes et Art Nouveau ; ce sont essentiellement des sujets historiques, religieux, mythologiques et allégoriques, des nus et quelques portraits privés : 1890, Baigneuse ; 1893, Portrait de M. Corre (champion vélocipédiste) et Phryné ; 1894, Abel ; 1896, Descente périlleuse (Baigneur sur des rochers) ; 1899, Gladiateur et Flore ; 1901, Hésitation (Amour) ; 1902, L'Amour qui blesse (ou Amour à l'arc) ; 1903, Portrait de Madame X et Spartacus et Mirza ; 1904, Hébé.

Passionné de cyclisme, Riccardo relie Florence-Paris à vélo en août 1895. Son frère Alberto le rejoint à Paris, devient son élève et expose au Salon de 1903. Son frère Costantino est photographe à Paris, à la même époque.
Naissance de ses quatre enfants, Aurelio (1890-1916), Natalia (1891-1973), Brunnetta (1892-1958) et Atala (1893-1987).

BELGIQUE (c.1904-1914)
- Vers 1904/1905 (à 40 ans), départ pour Bruxelles où il réside 10 rue François Stroobant à Ixelles, et travaille pour la firme A. Carli Frères 46-48, rue l'Olivier, à Schaerbeeck, avec le mouleur, Gustave van Vaerenbergh (1873-1927). Cette firme bruxelloise est une filiale de l'atelier marseillais des frères Carli, Auguste (1868-1930) et François (1872-1957). 
Riccardo Aurili devient probablement professeur (probablement de moulage) dans une Ecole d'Art bruxelloise ; son fils Aurelio y (?) suit, à son tour, une formation artistique.



- Publicité pour les ateliers belges A.Carli Frères, premier quart du XX° siècle.



Les œuvres de cette période sont beaucoup plus nombreuses et reposent essentiellement sur des modèles en plâtre destinés à l'édition et déclinés en différents matériaux et différentes dimensions (plâtre et terre cuite patinées ou peintes, galvanoplastie sur terre cuite, zinc, étain, bronze, albâtre, marbre). 
L'on peut recenser plus d'une soixantaine de bustes et statuettes qui gardent les thèmes parisiens mais avec une prédominance de bustes féminins marqués par l'Art Nouveau (Jeunes femmes anonymes ; figures chrétiennes, Judith, Rebecca, Jeanne d'Arc, Atala ; figures allégoriques, Floréal, Printemps...), avec de plus rares bustes masculins (Christ, Ecce Homo, cité en 1908 ; Napoléon 1er ; Adonis...) et enfantins (Enfants, Amours), portraits privés, scènes réalistes (agriculteur, Retour des champs ; pécheur, mère et enfant, fileuse de laine...), figures animalières (lion, tigre...) et objets décoratifs (lampe, vase, jardinière, miroir...). 



- Photographie des personnels de l'atelier de Sharbeek, en  date du 26 février 1913 (où je n'ai pas pu identifier avec assurance Riccardo Aurili).


On ne peut pas ne pas remarquer la similitude entre les œuvres de Riccardo Aurili (thèmes, matériaux et style) et celles de Gustave van Vaerenbergh mais la petite nièce du sculpteur belge considère que c'est Riccardo Aurili qui a pu former ou influencer son ancêtre. Cette dernière, auteur d'un blog (http://www.g-v-vaerenbergh.org/), a d'ailleurs répondu à mes contacts et a eu la gentillesse de m'autoriser à utiliser les deux documents des ateliers Carli ci-dessus.

Il semble qu’au moins une œuvre de Riccardo Aurili, Buste de Gladiateur, ait été éditée dans cette même période par la Fonderie Paris de Nouvion-sur-Meuse.


ITALIE (1914-1915)
- Été 1914 (à 50 ans) : du fait de la Guerre et de l'invasion allemande en Belgique, Riccardo quitte le pays avec toute sa famille et regagne sa Toscane natale, pour s'installer à Volterra.
La réalisation, en 1914, du Monument au cycliste Luigi Fiaschi (Cimetière des Porte Sante de Florence), ouvre une nouvelle forme de pratique monumentale et funéraire (Monuments privés, Monuments aux Morts) que l'artiste va développer dans les années suivantes, en France. L'artiste débute en quelque sorte une nouvelle carrière, d'autant que les historiens d'Art ont longtemps considéré qu'il était mort cette année-là.

- Avec l'entrée en guerre de l'Italie, en mai 1915, son fils Aurelio s'engage dans l'armée. Riccardo emmène, pour sa part, ses filles et sa femme à Nice.

FRANCE (1915-1943)
- En 1915, Riccardo rejoint donc à Nice son frère ou parent, Ernesto Aurili, avec lequel il s'associe. 

- En 1916, il ouvre son propre commerce, une boutique de bibelots, "Aux Arts Florentins" , tout en continuant son métier de sculpteur-statuaire ; il possède à la même adresse (à deux entrées) son logement et son atelier (Palais Cauvin, 2 boulevard Dubouchage et 1 avenue Désambrois). 
Le 30 mars 1916, son fils Aurelio meurt au Champ d'Honneur lors de la conquête de Gorizia (au nord-est de l'Italie, à la frontière actuelle italo-slovène). 

- Le 5 mai 1919, Riccardo est élu "Académicien honoraire" de l"Academia delle Arti del Disegno di Firenze.

- Riccardo reste à Nice jusqu'en 1932. Il continue à mener une double carrière, française et italienne. Il est difficile de dire si Riccardo continue la sculpture d'édition mais il certain qu'il sculpte encore des bustes féminins et des portraits privés et qu'il réalise quelques monuments funéraires privés et publics : Tombeau de la Famille Martin (portique dorique) au cimetière de Digne, entre 1915-1932; Tombeau de Georgette F., au cimetière du Château de Nice, vers 1918-1925 ; Monumento agli Italiani delle Alpi Marittime Caduti Nella Grande Guerra au Consulat d'Italie à Nice, en 1932. 

- Vers 1932-1933 (à près de 67 ans), il déménage à 25 kms de Nice pour s'installer à Villeneuve-Loubet (route nationale, quartier des Groules) où il continue ses deux activités.
Il réalise en 1935, un dernier monument funéraire, élevé en Hommage au Roi Albert 1er de Belgique, à Antibes.

- Après 1935 : il prend sa retraite et semble déménager à 10 kms de là, à Antibes (12 avenue Muterse), sauf si cette adresse est déjà celle de son logement depuis 1932 et différente de celle de sa boutique. Sa femme mais également ses filles (non mariées) sont auprès de lui et continuent peut-être à tenir un temps la boutique d'Arts et d'Antiquités de Villeneuve-Loubet (cette dernière est encore citée sur la Nationale 7, dans les guides touristiques des années 1970).

- Le 21 août 1943, Riccardo Aurili décède à près de 79 ans, et est inhumé à Antibes, au Cimetière de Rabiac, dans un tombeau où sa femme Elisa et ses filles le rejoindront à leur tour. L'une de ses sculptures (Ange féminin quasi-identique à celui du Tombeau de Georgette F. de Nice) orne son tombeau.



 AURILI Riccardo (sculpteur toscan, 1864-1943), L'Ange à la lampe, détail de la lampe,
(à gauche) de la Tombe du sculpteur au Cimetière de Rabiac d'Antibes (vers 1915-1943),
 (à droite) de la Tombe de Georgette F. du Cimetière du Château de Nice (vers 1918-1925).
La lampe de Nice est actuellement dépourvue d'anse (cassée) et la flamme présente quelques différences de détails.








mardi 26 janvier 2016

442-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-17





 - AURILI Riccardo (1864-1943), Tête du Christ, date inconnue (vers 1904-1914 ?),
bronze, Anvers, église Saint-Antoine de Padoue.
C'est encore un exemple de ces épreuves d'édition tirées en différentes matières et dimensions
 (galvanoplastie sur terre cuite notamment ; hauteur de 43 ou 55 cm).
Le Christ est représenté en buste, la tête levée, couronnée d'épines mais il existe une oeuvre semblable, tête baissée.



Reconstituer la vie et l'oeuvre d'un artiste est une tâche enthousiasmante. On échafaude des hypothèses ; ces hypothèses deviennent des certitudes ; ces certitudes deviennent des erreurs et ces erreurs s'effondrent enfin à la découverte d'un nouveau document.

Il y a trois mois, je ne connaissais pas l'existence du sculpteur Riccardo Aurili mais je connaissais l'une de ses œuvres au Cimetière du Château de la ville de Nice. C'est un vrai coup de cœur pour ces trois figures féminines sculptées sur la Tombe de Georgette F. qui a déclenché cette recherche. Ces trois figures allégoriques et réalistes à la fois, marquées par un long héritage symbolique et par l'époque de leur conception, constituent trois témoignages remarquables d'une formation traditionnelle au métier de sculpteur.

Je résume ci-dessous ce que je pense savoir de la carrière de Riccardo Aurili :

 - 1864 : naissance de Riccardo Aurili, en Italie, à Bibbona (Toscane, à près de 70 kms de Pise), fils de Lorenzo Aurili et de Rosa Pasciatini.
- fin des années 1870-début des années 1880 : formation de sculpteur à l'Académie des Beaux-Arts de Florence.
- vers 1884 : départ pour Bruxelles où il travaille pour la firme Carli Frères.
- vers 1889 : mariage avec Elisa Charlotte van Humbeeck, rencontrée à Bruxelles, puis installation à Paris.
- 1890-1904 : naissance de ses quatre enfants, Aurelio (1890-1915), Natalia (1891-1973), Atala (1893-1987), Brunetta (1894-1965), et expositions de ses œuvres à de nombreux Salons parisiens ; vers 1904/1905, il emmène toute sa famille à Florence.
- vers 1904/1905-1915 : vie à Florence avec sa famille et fonction de professeur à l'Académie où il a été élève ; en 1915, départ pour Nice, la même année que la mort à la guerre, de son fils Aurelio.
- 1915-1932/1933 : vie à Nice où il tient une boutique de bibelots et continue son métier de sculpteur-statuaire.
- vers 1932/1933-après 1935 : vie à Villeneuve-Loubet où il continue ses deux activités.
- après 1935-1943 : vie à Antibes et décès du sculpteur, le 21 août 1943, à près de 79 ans.


 - AURILI Riccardo (1864-1943), Atala, date (?),
épreuve en régule, inscrite sur le côté du drapé et titrée sur la base, H : 35,5 cm, vente aux enchères, Drouot, 2008.
Il existe de nombreuses épreuves d'édition de ce buste, de différentes dimensions.
Riccardo affectionne ce prénom, au point de le donner à l'une de ses filles. Atala est le prénom de l'héroïne indienne 
du roman éponyme de Chateaubriand, publié en 1801.



La découverte récente d'un article de journal du 16 avril 1916 concernant le fils de Riccardo, Aurelio Aurili, mort au Champ d'Honneur, remet cependant tout en question. On y apprend les choses suivantes :

- Aurelio, suivant les traces de son père, accomplissait en 1914 des études artistiques dans une Ecole d'Art de Bruxelles quand le pays a subi l'invasion allemande ; sa famille a alors quitté la Belgique et est partie s'installer dans la région natale de Riccardo, dans la région de Pise mais à Volterra, cette fois.

- A l'entrée en guerre de l'Italie (mai 1915), Aurelio s'est engagé dans l'armée ; plusieurs mois plus tard, il a été grièvement blessé au combat et il est décédé le 30 mars 1916 (et non 1915, comme je le croyais).



- Article de journal du 16 avril 1914, relatant la mort, au Champ d'Honneur, d'Aurelio Aurili.
Document provenant du site : Documenti et Immagini della Grande Guerra : 14-18.it/


Ces assertions obligent à reconsidérer l'ensemble de la carrière de Riccardo. En dehors de sa date de naissance, de ses études d'art à Florence, de son mariage et de rares œuvres datées, rien de sa carrière n'est sûr. Si la famille vit à Bruxelles en 1914, cela peut vouloir dire que :

- Riccardo n'a pas été travailler à Bruxelles dans les années 1880 et qu'il n'a pas rencontré sa future femme là-bas mais qu'il a peut-être quitté Florence directement pour Paris au début des années 1880 (avant 1884), afin d'y compléter sa formation de sculpteur à l'Ecole des Beaux-Arts, où il aurait été notamment l'élève d'Auguste Dumont (1801-1884) avant d'exposer par la suite au Salon des Artistes Français dans les années 1890-1904.
Riccardo a peut-être rencontré Elisa Charlotte van Humbeeck à Paris et s'est marié dans cette ville. Il a peut-être quitté Paris, vers 1904/1905, pour s'installer à Bruxelles (ville de la famille de son épouse) et y est resté jusqu'à l'invasion allemande de l'été 1914.

C'est seulement à cette période-là que Riccardo a travaillé pour la firme Carli Frères (46-48, rue l'Olivier, à Shaerbeck). Suite à quelques recherches, cette firme bruxelloise des frères Carli, Auguste (1868-1930) et François (1872-1957), filiale de leur atelier marseillais, n'a pas été créée avant le tournant du XX° siècle (attestée en 1902 avec le mouleur Gustave van Vaerenbergh, 1873-1927) et n'a de toutes façons pas pu collaborer avec Riccardo Aurili avant cette date.

Je comprends mieux désormais pourquoi les historiens dataient la mort de Riccardo Aurili de 1914 : c'est parce que jusqu'à cette date, ils avaient pu suivre sa carrière mais qu'ensuite, Riccardo ayant disparu avec la guerre, ils en avaient déduit qu'il était mort, d'autant que tous pensaient qu'il était né à une date bien antérieure à la réalité et le considéraient très âgé en 1914.

- Riccardo n'a peut-être jamais enseigné à l'Académie des Beaux-Arts de Florence. 
Son titre de "professeur" spécifié dans l'article relatant l'inauguration du Monument au cycliste Luigi Fiaschi en novembre 1914, est peut-être dû à ce métier exercé à Bruxelles (à partir de quelle date ? dans l'école où son fils a suivi des études ?) ; en tout cas, sur le monument évoqué, réalisé en 1914, l'artiste ne précède pas sa signature du terme de "professeur" mais signe, "R.Aurili scultore".


- AURILI Riccardo (1864-1943), Monument funéraire de Luigi Fiaschi (1888-1914), détail de la signature sur le relief en bronze, 1914,
Firenze, Cimitero delle Porte Sante,
marbre et bronze, H : 2,50 m, un buste en marbre du cycliste domine une stèle de pierre timbrée d'un bas-relief en bronze de 150x77 cm,
 représentant une jeune femme offrant des roses en souvenir du défunt.
Photographie : beniculturali.it/


- Si, dans les annuaires niçois de 1915 à 1932, Riccardo ne fait précéder son nom de l'abréviation, "prof.", qu'à partir de l'année 1926, il signe cependant avec cette mention des oeuvres de la même période, le Tombeau Georgette F. du Cimetière du Château de Nice vers 1918-1925, le Buste de Femme de "Février 1923" et la Tombe J.M. non datée du Cimetière de Digne.

N.B. : J'ai trouvé quelques jours après avoir rédigé cet article, une oeuvre en vente sur Internet, numérotée, marquée "Made in Belgium" et signée "Prof. Aurili" qui semble prouver que Riccardo Aurili, lors de son séjour en Belgique (vers 1904/1905-1914), signe déjà de son nom précédé de la mention de "professeur", ce qui renforce l'hypothèse concernant son emploi d'enseignant à Bruxelles.






- AURILI Riccardo (1864-1943), Adonis (?), vers 1904/05-1914,
plâtre patiné, 46x16x18 cm sur socle de marbre poli de 12,5x12,5x14 cm. 



- Son titre de "professeur de l'Académie des Beaux-Arts de Florence", cité dans le dossier de 1935 du Monument au roi Albert 1er érigé à Antibes, ne fait peut-être référence qu'au titre d'Académicien honoraire qui lui a été décerné en mai 1919. D'ailleurs, son implication dans ce dernier monument s'explique d'autant plus par les événements que Riccardo a vécus pendant la guerre et ces derniers éclairent son attachement au roi, bien au-delà de la seule nationalité de son épouse (et de ses enfants ?). 

- Riccardo n'a peut-être jamais eu d'adresse fixe en Italie depuis son départ des années 1880, ce que semble prouver son installation à Volterra en 1914 et 1915 lorsqu'il a fui la Belgique. Il a cependant gardé des liens permanents avec sa famille et sa région natale et y est revenu régulièrement pour les vacances. 
Son périple en vélo de l'été 1895, reliant Florence-Paris par la Suisse avec le français Vallot confirme cette hypothèse. 
La réalisation du Monument à Luigi Fiaschi pour le Cimetière des "Porte Sante" de Florence en 1914, a eu lieu, pour sa part, pendant la période où le sculpteur a résidé à Volterra.

- Riccardo n'est pas venu à Nice en 1915, suite à la mort de son fils (tué en 1916) mais probablement suite à l'entrée en guerre de l'Italie, en mai 1915. Il a rejoint dans cette ville, son frère ou parent, Ernest(o) Aurili.

- Il est probable, que Riccardo ait exposé à Florence (et même ailleurs en Italie) et mené une double carrière parallèle entre l'étranger (Paris, Bruxelles, Nice) et la région de Florence (portraits, monuments funéraires, Monuments aux morts de la Guerre). 
Cette dernière hypothèse m'a permis de découvrir à Pieve Santo-Stefano (Toscane, près d'Arezzo, à 65 kms au sud-est de Florence), le Monumento ai Caduti della Grande Guerra, réalisé pendant la période niçoise de RiccardoCe monument a été érigé en 1925 sur la place Santo-Stefano et a ensuite déplacé en 1958 dans les jardins du Ponte Nuovo (cf. Pieve Santo Stefano : storia della città). On peut s'interroger sur la figure du soldat représenté et se demander si elle n'est pas un hommage personnel du sculpteur à son fils Aurelio (hommage ou portrait).


Un voyage sur place (avril 2016) a permis de constater que cette sculpture n'a pas été réalisée par Riccardo Aurili mais par l'Atelier d'Antonio Frilli.
- AURILI Riccardo (1864-1943), Monumento ai Cadudi della Grande Guerra, 1925,
Pieve Santo Stefano, Jardins du Pont-Neuf.
Le monument de marbre est érigé en 1925 sur la grand place et inauguré le 3 septembre de la même année ; il n'a été positionné à l'endroit actuel qu'en 1958. Il représente un soldat en habits, saisi en mouvement, au combat, incliné et pointant vers l'avant, comme dans un corps à corps, sa baïonnette au canon. Il a été reproché à cette sculpture, la présence d'un casque plus proche de l'armée britannique que de l'armée italienne.
Photographie : Monumenti della Guerra. Le site présente par erreur cette sculpture comme une oeuvre d'Antonio Frilli, probablement du fait de la mauvaise lecture de la signature.


Bien des questions restent encore sans réponse. Les œuvres réalisées pour la Toscane ont-elles été sculptées à l'étranger ou bien réalisées sur place pendant ses vacances d'été ? Bénéficiait-il d'un atelier dans la maison familiale ou partageait-il l'atelier de Raffaëllo Romanelli à Florence ? L'oeuvre signée par ces deux artistes "professeurs", Femme nue se séchant, assise sur une jardinière, ne peut donc pas dater de la période où Riccardo était potentiellement professeur à l'Académie de Florence et demeure difficile à positionner dans le temps, même si elle reste forcément postérieure à 1904.









jeudi 21 janvier 2016

441-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU DE LA VILLE DE NICE-PROJET PÉDAGOGIQUE-16




- AURILI Riccardo (1864-1943), Floreal, date (?),
sculpture en galvanoplastie sur terre cuite à patine brune, signée et titrée, H : 50,5 cm,
Collection particulière, vente Camard et Associés, Paris, 2012.



RICCARDO AURILI (1864-1943) ET RAFFAËLLO ROMANELLI (1856-1928)




Raffaëllo Romanelli, fils du sculpteur Pasquale Romanelli (1812-1887), naît à Florence en 1856. Riccardo Aurili naît pour sa part en 1864 à Bibbona, à une centaine de kilomètres de Florence et il est le fils de Lorenzo Aurili. Ce sont deux jeunes toscans qui étudient par la suite la sculpture à l'Académie des Beaux-Arts de Florence où ils ont pour professeurs Augusto Rivalta (ca.1835/1838-1925) et Emilio Zocchi (1835-1913). Sont-ils étudiants en même temps ? Il est difficile de le dire mais il est probable que non, du fait de leur huit ans d'écart. Ils font certainement connaissance au début des années 1880, période où Riccardo fait ses études à l'Académie et où Raffaëllo commence à devenir un sculpteur florentin reconnu en Italie.

Raffaëllo Romanelli devient par la suite (comme son père avant lui), professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Florence où il a été élève (fin du XIX° siècle). En 1889, il représente l'Italie à Paris, comme membre du jury du Salon des Beaux-Arts de l'Exposition Universelle. Dès les premières années du XX° siècle, Raffaëllo Romanelli entame une carrière internationale (jusqu'à sa mort), notamment en Roumanie, en Russie et aux Etats-Unis. Le "San Francisco Examiner" écrit, le 11 juin 1915"qu'il est à l'Italie ce que Rodin est à la France".


- ROMANELLI Raffaëllo (1856-1928), Benvenuto Cellini, 1900,
buste de bronze du célèbre sculpteur (1500-1571) de la Renaissance italienne, 
placé au centre du Ponte Vecchio de Florence et inauguré en 1901.


En ce qui concerne Riccardo Aurili, mes dernières recherches et le contact, pendant ces vacances de Noël 2015 avec une descendante du sculpteur, me permettent de préciser quelques éléments de la biographie de ce dernier. 

Il semble que Riccardo quitte Florence vers 1884 (à vingt ans) pour Bruxelles où il travaille pendant plusieurs années pour la firme Carli Frères et y réalise des modèles destinés à une édition en série. Il fait, dans cette ville, la connaissance de Elisa Charlotte van Humbeeck qu'il épouse vers 1889 et déménage avec elle pour Paris en 1890 (toutes ces hypothèses ont été corrigées dans la suite de la recherche). Ils ont là quatre enfants, Aurelio en 1890, Natalia en 1891, Atala en 1893 et Brunetta en 1894. Ils semblent résider successivement à Levallois-Perret (adresse citée en 1894), 2, rue Aumont-Thiéville (adresse citée en 1896) puis 7, rue Daguerre (adresse citée en 1901 et 1902) et enfin, Villa Corot, 2 rue d'Arcueil (adresse citée en 1903).

A Paris, Riccardo continue de créer des modèles en plâtre pour des tirages numérotés en série, édités dans des matières (plâtre, terre cuite, zinc, étain, bronze), des apparences (peinture, patine) et des dimensions différentes (de 25 à 115 cm environ). Il réalise des objets décoratifs, des statuettes et des bustes (albâtre, marbre), aux sujets majoritairement bibliques et mythologiques (divinités, allégories), à côté de portraits, de nus et de quelques scènes de genres réalistes. 

Il expose au Salon annuel de 1893, 1894 et 1896, à l'Exposition Universelle de 1900 (Invalides) puis aux Salons de 1901, 1902 et 1903. A ce dernier Salon de 1903, le sculpteur florentin Alberto Aurili qui expose également semble être son frère et élève. Riccardo participe également à d'autres expositions, notamment à celle de Charenton où il obtient la médaille d'or en 1903 (cf. Gallica, "Le Journal" du 11 mai 1903 p 6).


 - AURILI Riccardo (1864-1943), L'Amour qui blesse, 1902,
cette figure de Cupidon dont le modèle a été exposé lors du Salon des Artistes Français de 1902, au Palais des Champs-Elysées (Grand Palais), a été fondue en différentes matières (alliages à base d'étain ou de zinc), et en différentes dimensions (de gauche à droite : 60 cm, 80 cm, 115 cm), voire apparences (patine, dorure).
Les épreuves sont signées "Rdo. Aurili France" sur le socle et une inscription précise également sur la base ou sur une plaque, "Par Aurili Salon des Beaux-Arts 1902".


Du fait d'un procès (1902-1904) engagé à tort contre Riccardo Aurili pour contrefaçon (cf. Gallica, "Le Droit d'Auteur" du 15 novembre 1904 p 138, et "La France Judiciaire" de 1904, Partie 2, pp 318-319), nous apprenons que deux modèles, créés par lui en 1899 et présentés à l'Exposition Universelle de 1900, une statuette de Gladiateur et un buste de Flore, ont été édités par les Ateliers Ettlinger Frères (9 rue Saint-Anastase) et vendus par les magasins de Marmotte (37 rue de Châteaudun) et de Khan (10 rue de la Chaussée d'Antin). 
Nous savons également que certaines de ses oeuvres (cf. Gallica, "Revue Illustrée" du 15 mai 1904 et l'image ci-dessous) sont vendues par les magasins "Au Vase de Sèvres" (15 boulevard Montmartre et 95 avenue des Champs-Elysées).


- AURILI Riccardo (1864-1943), Hébé, vers 1903-1904.
Dans la Revue Illustrée du 15 mai 1904, on peut lire que cette oeuvre qui appartient au magasin de M. Chéron ("Au Vase de Sèvres", Paris) a été exposée au Salon des Artistes français (année ?) et "est une aimable composition d'un harmonieux ensemble", Jacques de Ploeug.


Vers 1904-1905, à 40 ans, Riccardo Aurili retourne vivre à Florence, accompagné de sa famille. Il est probable que c'est l'obtention d'un poste de professeur à l'Académie des Beaux-Arts de la ville, aux côtés de Raffaëllo Romanelli, qui motive ce retour. 

C'est lors de cette nouvelle période florentine (vers 1904/1905-1915) que date certainement la Baigneuse ou Sortie de bain (thème ancien et récurrent chez l'artiste), réalisée en collaboration par les deux professeurs, souvent intitulée, Femme nue se séchant, assise sur une jardinière, et portant la signature et l'inscription suivantes : "Profe R.Aurili - Eseguita sotta la direzione del Prof. R.Romanelli". 


- AURILI Riccardo (1864-1943) et ROMANELLI Raffaëllo (1856-1928), Femme nue se séchant, assise sur une jardinière,
 vers 1905-1915 (?),
marbre blanc (figure), marbre blanc (socle), marbre jaune veiné de mauve (jardinière),
 83,5x70x46 cm, Collection particulière (vente Sotheby's, 2014).


En 1914, le Professore Riccardo Aurili réalise puis inaugure en novembre de la même année, le Monument funéraire du cycliste Luigi Fiaschi, au Cimetière des "Porte Sante" de Florence, non seulement en tant que sculpteur florentin mais peut-être également en tant qu'admirateur, voire ami, de Luigi Fiaschi (1889-1914, de la famille du sculpteur florentin Emilio Fiaschi 1858-1941 ?). Riccardo Aurili est déjà l'auteur, au Salon parisien de 1893, du buste de M. Corre, champion vélocipédiste, et il est probablement un adepte de ce sport, "L'Almanacco Italiano" citant en 1896 le cycliste "Riccardo Aurili" qui a réalisé, en août 1895, Florence-Paris en 6 jours 14 heures et 15 minutes (après vérification, il s'agit bien du sculpteur : cf. La Storia del Ciclismo in Toscana et cf. aussi El Deporte Velocipedico, n° 23 de juillet 1895 p 14 sur "Hemeroteca Digital").


- AURILI Riccardo (1864-1943), Monument funéraire de Luigi Fiaschi (1888-1914), 1914,
Firenze, Cimitero delle Porte Sante,
marbre et bronze, H : 2,50 m, un buste du cycliste domine une stèle de pierre timbrée d'une plaque de bronze ornée d'une jeune femme en bas-relief offrant des roses en souvenir du défunt,
article de La Stampa Sportiva, n° 44, novembre 1914, p 14.
Luigi Fiaschi a eu une fin dramatique, poignardé par un homme ivre, à la suite d'une dispute.
L'article signale que Riccardo Aurili est présent à l'inauguration, accompagné de sa femme et de son ami Pietro Morandi.


Les monuments funéraires de Riccardo Aurili ne se limitent certainement pas au seul exemple ci-dessus et il serait intéressant de rechercher d'autres oeuvres signées de lui dans les cimetières de Florence et d'autres villes de Toscane (ceci sera peut-être l'objet d'un prochain voyage...).

En 1915, Riccardo Aurili quitte Florence (à 50 ans) pour s'installer à Nice où il s'associe avec un parent (Ernest(o) Aurili), avant d'ouvrir sa propre boutique de bibelots, "Aux Arts Florentins" et habiter une adresse à double entrée (n°1 avenue Désambrois - n° 2 boulevard Dubouchage) où il loge également et conserve un atelier pour son activité de sculpteur-statuaire. 
On peut s'interroger sur la raison qui l'a poussé à quitter son emploi de professeur à l'Académie de Florence mais cette dernière n'est peut-être pas professionnelle mais personnelle, lorsque l'on sait que son fils Aurelio meurt à la guerre, âgé de 25 ans, cette année-là.(toutes ces hypothèses ont été corrigées dans la suite de la recherche).

Riccardo va résider à Nice jusqu'en 1932, ce que nous révèlent les Annuaires niçois de l'époque (Archives départementales 06, numérisés et en ligne). Le fait que, dans ces annuaires, son nom ne soit précédé de la mention de "Professeur" qu'à partir de 1926, alors qu'il ne semble plus enseigner, peut être éclairée par le fait que, le 1er mai 1919, l'Académie des Beaux-Arts de Florence (l'Academia delle Arti del Disegno di Firenze) l'a élu "Académicien honoraire".

Quelques oeuvres de cette période niçoise sont d'ailleurs signées "Profe. Rdo Aurili Nice", notamment deux sculptures funéraires non datées, l'une au Cimetière de Digne (Tombe de la Famille J.M.) constituée d'un portique dorique à six colonnes, l'autre au Cimetière du Château (Tombe de Georgette F., décédée en 1918) qui semble sa réalisation de la plus grande ampleur, et un Buste de femme, daté lui de février 1923.



- AURILI Riccardo (1864-1943), Tombe Georgette F., vers 1918-1925,
Espérance (femme vêtue, assise, en prière, tête tournée vers le ciel), Ange (femme à la lampe, devant le tombeau vide) et Douleur (femme nue, assise et prostrée), vers 1918-1925, 
marbre, tombeau des familles Georgette F., M.-F., D., A-C, 
photographie de François Ede de 1984 (carnet de tournage du film d'Oliveira).

- AURILI Riccardo (1864-1943), Buste de Femme, 1923,
albâtre roux marbré de noir, buste sur socle signé au dos "Prof. Aurili" et daté sur le socle, "Février 1923 Noces d'argent/Hommage familial",
photographie Weschler's Auctionners, Washington.



A une date proche de celle où Riccardo Aurili réalise la Tombe Georgette F. au Cimetière du Château, Raffaëllo Romanelli réalise la Tombe de la Famille L., vers 1922, dans la partie israélite du même Cimetière niçois. La famille concernée a-t-elle contacté le sculpteur florentin ? Riccardo a-t-il joué les intermédiaires ? Difficile d'y voir le seul jeu du hasard. De plus, c'est à nouveau une femme assise et drapée, tête levée et mains jointes, qui est sculptée, image allégorique de la Foi et de l'Espérance, adossée à l'une des colonnes brisées d'un portique... Une plaque révèle les adresses de Rafaëllo à Florence (atelier toujours en activité en 2016) et Saint-Pétersbourg.



- Portrait de Raffaëllo ROMANELLI (1856-1928) dans son atelier de Florence, avant 1920 (?). 

- ROMANELLI Raffaëllo (1856-1928), Tombeau de la Famille Ioseph et Isabelle L., Nice, Cimetière du Château, vers 1922 (date du décès d'Isabelle L.), 
portique de marbre à l'entablement et aux colonnes brisées, dominé par des sphinx et accompagné de la figure de l'Espérance ou de le Foi.


- ROMANELLI Raffaëllo (1856-1928), Tombeau de la Famille Ioseph et Isabelle L., vers 1922,
détail de la figure de l'Espérance ou de le Foi.


- ROMANELLI Raffaëllo (1856-1928), Tombeau de la Famille Ioseph et Isabelle L., vers 1922 ?,
détail de la figure de l'Espérance ou de la Foi et détail de la signature et des adresses du sculpteur.



Raffaëllo Romanelli décède en 1928 (à 72 ans) et son fils Romano (1882-1968) lui succède à la tête de l'atelier florentin. Riccardo Aurili, pour sa part, quitte Nice en 1932 pour installer sa boutique et son atelier à 25 kms de là, à Villeneuve-Loubet (Route nationale, Quartier des Groules) et Antibes (12 avenue Muterse). Il réalise en 1935, pour la ville d'Antibes le Monument commémoratif à Albert Ier de Belgique (1875-1934). Il décède quelques années plus tard, en 1943 (à près de 79 ans).