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lundi 27 novembre 2017

777-LE CIMETIÈRE DU CHÂTEAU (NICE) : LE PLATEAU GROSSO-1




- L'Ange (flou) du Monument à la Famille Grosso (Plateau Grosso), vu depuis l'une des sculptures du Petit Cimetière 
(main de la figure du Tombeau [concession n° 5150, 1907] de la fillette Simone B. [1904-1908], 1908).
Photo numérique noir et blanc, octobre 2017.



Les sculptures, encore rares au Cimetière du Château vers 1880, deviennent légion à partir des années 1890 et se concentrent sur quelques emplacements, comme le Plateau Grosso dans les années 1890, l'allée Orizet et le Plateau Supérieur (actuel Plateau Gambetta) dans les années 1895-1910 ou encore le centre du Plateau d'entrée dans les années 1920-1935.

Cet ensemble d'articles va étudier quelques monuments et sculptures du Plateau Grosso, notamment à partir de documents textuels et iconographiques datant de la fin du XIX° et du début du XX° siècle mais également de documents plus récents dont un plan daté de décembre 1964 (Archives Municipales), un plan simplifié des années 2000 (ci-dessous) et des photographies et des relevés sur place effectués au dernier trimestre 2017. 



- Plan du Cimetière du Château (Nice), avec indication des tombes de personnages célèbres, années 2000.
Le sud est à droite de l'image. Le Plateau Grosso est entouré de rouge.



Le Plateau Grosso occupe une petite surface surélevée à l'est du cimetière (face à la chapelle située près de l'entrée) et compte moins d'une centaine de tombes (93). Les numéros des concessions, visibles sur place ou sur plan (1964), indiquent une forte occupation datable des années 1870, réalisée sur une période très courte de 5 ou 6 ans. Cette numérotation (entamée dans le courant de l'année 1861, après le rattachement de Nice à la France en 1860) est confirmée par les dates de décès inscrites et perdure aujourd'hui encore sur tout le périmètre du Plateau.



- Plan du Cimetière du Château (Nice) dressé le 16 décembre 1964,
 détail du Plateau Grosso affichant les numéros des concessions.



On peut ainsi comprendre dans quel ordre et à quelle date les concessions ont été attribuées sur le pourtour : 
- côté nord, n° 305 à 318, en 1871, 
- côté est, n° 327 à 382, entre 1871 et 1873,
- côté sud, n° 385 à 447, entre 1873 et 1874,
- et enfin côté ouest (du nord au sud à nouveau), n° 437 à 641, entre 1874 et 1876.

Dans les mêmes années, la partie centrale du plateau a dû être occupée partiellement mais une redistribution et une renumérotation des concessions centrales a cependant eu lieu : 
- dans les années 1880, n° 1184 à 1737, entre 1883 et 1888,
- et les années 1890, n° 2046 à 2635, entre 1890 et 1894,
- puis au début du XX° siècle,  n° 4755 à 4812, fin 1906-début 1907. 

Sur l'ensemble du plateau, une douzaine de tombes seulement ont été réattribuées et renumérotées par la suite, essentiellement entre 1964 et 2017.


Les tombes conservées des années 1870 offrent majoritairement de simples dalles surmontées d'une croix, d'une colonne brisée ou d'une stèle quelquefois sculptée ou bien présentent parfois une modeste chapelle ou plus rarement une sculpture de petites dimensions.

A l'inverse, les tombes conservées des années 1880 et plus encore des années 1890, présentent des chapelles et sculptures de grandes dimensions qui rivalisent en opulence et en verticalité. Elles attirent encore aujourd'hui les visiteurs par leur monumentalité, leur emplacement surélevé et leur visibilité dès l'entrée. Les tombes affirment ainsi le rang social des familles de l'époque et le font perdurer au-delà de la mort. Cet usage, qui a entraîné la réalisation de belles architectures et sculptures, semble avoir progressivement disparu des cimetières après les années 1930.





- Le Plateau Grosso, côté ouest (vu depuis l'extrémité orientale de l'Allée Brunel)
photographie numérique couleur, novembre 2017.



La plupart des monuments érigés entre 1871 et 1907 sont encore présents mais six tombes anciennes seulement offrent encore aujourd'hui :
- la signature du marbrier : Dunan Frères (?-?, concession n° 529, 1875), Bravi (?-?, actif dès 1849, concession n° 427, 1873 mais tombe refaite en 1891), Oreste Bardi (?-?, concession n° 4760, 1906), 
- ou du sculpteur : Charles Cordier (1827-1905, Tombe de la Famille Auguste G., "1883-1884"), Alessandro Manfredi (?-?, Tombe de la Famille Pierre I., "1894"), Fabio Stecchi (1855-1928, Tombe de la Famille Victoire C., 1906-1907). 




- Dessin du Tombeau d'Auguste G., publié dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1898 p. 2
(Archives Départementales des Alpes-Maritimes, document en ligne).
Auguste G. (1806-1883), négociant en huile et homme politique, a notamment été Conseiller Général Républicain de Nice-Est, de 1880 à 1883.
Le texte qui accompagne le dessin, signé d'Henri Sappia, est le suivant : "Après avoir gravi quelques marches, nous nous trouvons en face du mausolée d'Auguste G., un des plus beaux de notre cimetière. L'inscription latine, élégante, pure et correcte en augmente la beauté. La voici : Augusto Gal Niciensi - qui - iatis commerciis deditus - et publicis honoratus officiis - ingenio solertia et spectata fide - refulsit - hoc monumentum pietatis - dolentes filii posuere - anno MDCCCLXXXIV - Nic. Augusti Gal cineres - ubique nomen vivi egregie meriti".

- Plateau Grosso ( deuxième rangée, côté nord), CORDIER Charles (1827-1905), Monument de la Famille Auguste G.,
 concessions n° 1184-1185, faces sud et nord, 1883-1884,
avec un buste à la française en bronze d'Auguste G. (1806-1883).
Le monument, composé d'une haute stèle entourée de chaînes, comporte une cheminée de bronze sur les faces sud et nord, et des crochets destinés aux couronnes de fleurs sur les deux autres faces.
 Au-dessus, une niche avec buste, est encadrée d'une guirlande de lierre en bronze sur la face sud, alors qu'une plaque gravée orne la face nord, et qu'une grande palme de bronze orne les faces ouest et est. L'ensemble est couronné par un petit sarcophage de pierre au sommet.
Le monument a été érigé par le fils d'Auguste G. en 1884 comme l'indique le long texte en latin de la plaque située au revers du monument.
Photographie numérique couleur, novembre 2017.



- Plateau Grosso ( deuxième rangée, côté nord), CORDIER Charles (1827-1905), Monument de la Famille Auguste G., 
concessions n° 1184-1185 (1883), faces sud et nord, monument de 1883-1884,
Sur la face sud un buste à la française en bronze d'Auguste G. (1806-1883). 
Le buste sur piédouche est signé "Cordier - 1883" sous son épaule droite, 
et "Gruet Jne Fondeur - Paris", sous son épaule gauche. 
Sur la face nord, la plaque gravée des inscriptions latines évoquées.
Photographies numériques couleur, novembre 2017.



- Plateau Grosso (deuxième rangée, côté nord), MANFREDI Alessandro (?-?), Monument de la Famille Pierre I., concession n° 2557, "1894", monument de 1894-1895.
C'est un haut monument en forme de pinacle mêlant art gothique et art de la Renaissance, avec à sa base une statue de Marie-Madeleine tenant la Croix (Douleur) et le Livre, encadrée de grands pots à feu,
 et, au-dessus d'un arc brisé trilobé timbré d'un chrisme et d'une colombe portant un phylactère avec le mot "Pax", 
une petit dôme sur lequel repose un Ange à la trompe indiquant le Ciel (Résurrection).
Le monument est signé en bas à droite, "Alessandro Manfredi - Carrara".
Photographies numériques couleur, novembre 2017.





- Plateau Grosso (deuxième rangée, côté nord), MANFREDI Alessandro (?-?), Monument de la Famille Pierre I., concession n° 2557, "1894".
Photographies numériques couleur, novembre 2017.




- Plateau Grosso (troisième rangée, côté sud), STECCHI Fabio (1855-1928), Monument de la Famille Victoire C., concession n° 4799 (1906), monument vers 1906-1907,
à la tête du sarcophage, une stèle est couronnée par le buste à la française de Victoire C., signé sous son épaule droite, "Stecchi".



Les tombes (1871-1907) ornées de figures en buste ou en pied (portraits, allégories) sont actuellement au nombre de huit et pour la plupart concentrées dans la partie centrale du plateau (deuxième et troisième rangées). Les sculptures dépourvues de signature sont les suivantes : 
- Buste de Vittorio G. (côté nord, concession n° 305, 1871), 
- Anges de la Tombe de la Famille Jean-Baptiste T. (deuxième rangée centrale, côté sud, concession n° 1736 et 1737, 1888), 
- sculptures du Monument Grosso (deuxième rangée centrale, côté nord, concession n° 2534, 1894), 
- représentation de Marie-Madeleine sur la Tombe Auguste B. (deuxième rangée centrale, au milieu, concession n° 2257, 1892 mais monument de "1895"), 
- Anges et Saint-Pierre de la chapelle de la Famille Joseph V. (deuxième rangée centrale, côté sud, concession n° 4812, 1906 mais monument de 1906-1907),
- Portrait de Lisette B. (troisième rangée centrale, au milieu, concession n° 4765, 1906).




- Plateau Grosso, côté nord, sculpteur inconnu, Buste de Vittorio G., architecte, décédé en 1871, concession n° 305 (1871), buste vers 1871.
En tête de tombe, le buste à l'italienne sur piédouche repose sur un piédestal posé sur la dalle au-devant de la stèle gravée,
photographies numérioques couleur, novembre-décembre 2017.




- A. DOUHIN (?-?, actif des années 1890 à 1920), Dessin du Tombeau de la Famille Grosso, publié dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1895 p. 2,
(Archives Départementales des Alpes-Maritimes, document en ligne).
Ce dessin, qui fait partie d'un article intitulé "La Toussaint et le Jour des Morts", est accompagné d'une description détaillée : "Tombeau de la famille Grosso. - Sur une base de 3 mètres de large sur 2 d'enfoncement, repose un sarcophage où sont ciselés en relief deux magnifiques médaillons reproduisant le buste de la jeune Blanche Grosso décédée à l'âge de 10 ans (en juillet 1887), et celui d'Edmond Grosso, mort à 4 ans (en avril 1894). On nous les dit d'une parfaite ressemblance. Une énorme couronne, d'un travail remarquable, surmonte le sarcophage. On y reconnaît la main d'un maître : les fleurs variées sont fouillées avec précision et un grand sentiment de la nature. Cette couronne, qui a un relief d'au moins 30 centimètres, encadre une ancre et une chaîne brisée. Au-dessus, nous lisons : "Famille François Grosso". Une colonne brisée (cannelée) surmonte la couronne. Les quatre enfants décédés des époux François Grosso y sont représentés en grandeur naturelle, sortant de nuages ; à leurs pieds, une colombe tenant dans son bec un ruban avec cette inscription : " Espérez ! Vous retrouverez ceux que vous avez chéris ". Le haut de la colonne est enveloppé par une masse de nuages d'où s'envole un ange de 2 m. 50, symbolisant le Silence, qui, par son attitude, exhorte au recueillement. Deux grandes statues de 2 mètres ornent les deux côtés de la base. A droite, le père est accoudé dans l'attitude de la douleur ; à gauche, la mère, les mains jointes, porte son regard vers le ciel. La ressemblance des statues est parfaite. On ne saurait demander plus à un artiste. Ce monument, véritable oeuvre d'art, constitue un embellissement pour le Château. Il a été composé dans tous ses détails par M. François Grosso lui-même. L'exécution en est due à M. Joseph Garibaldi, de Carrare, professeur de sculpture, qui a obtenu plusieurs médailles à Paris, en 1889. Non loin du tombeau Grosso, on en trouve un autre du même auteur appartenant à M. Auguste B. Il se compose d'une Madeleine agenouillée au pied d'une croix et tenant une couronne à la main (...) Ces oeuvres font honneur à l'artiste".
Cet article, détaillé, est fort intéressant et est axé uniquement sur le travail du sculpteur et non sur la personnalité de François Grosso.

- GARIBALDI Joseph (?-?, actif des années 1880 aux années 1910), Monument de la Famille Grosso, n° de concession 2534 (1894), tombeau vers 1894-1895.
François Grosso (1847-1939) a été notamment armateur, l'un des fondateurs de la Caisse d'Epargne et Président du Tribunal de Commerce de Nice.
L'achat de la concession date de 1894, ce qui implique l'existence d'un autre tombeau pour leur fille Blanche en 1887 et le transfert du corps dans ce nouvel emplacement, jugé plus favorable et visible. Le monument a été commandé après avril 1894. S'il affiche sur le sarcophage la date de "1894", il est possible qu'il n'ait été cependant terminé et installé que l'année suivante mais avant novembre 1895, date de l'article ci-dessus.
En remerciement du legs de tous les biens du couple Grosso, la Ville a placé par la suite (années 1940), entre les pieds du sarcophage, la plaque gravée du texte suivant (photo ci-dessous) : "La Ville de Nice reconnaissante - A ses bienfaiteurs - Madame et Monsieur François Grosso - Ancien Président du Tribunal de Commerce".
Photographie numérique couleur, novembre 2017.







- GARIBALDI Joseph (?-?, actif des années 1880 aux années 1910), Monument de la Famille Grosso,1894-1895,
photographies numériques couleur de novembre 2017.



- Plateau Grosso, vue sud-nord de la deuxième rangée occidentale des monuments funéraires datant des années 1883-1895,
avec de gauche à droite (du nord au sud), les monuments des Familles :
Auguste G. (1883-1884), François Grosso (1894-1895), Pierre I. (1894-1895), Ci. (1892),
Auguste B. (1895), François Ca. (1890-1891), Jean-Baptiste T. (1888-1889) et M.-S. (1887),
photographie numérique couleur, novembre 2017.


- Plateau Grosso, deuxième rangée, côté sud, architecte et sculpteur inconnus, Monument de la Famille Jean-Baptiste T., 
concession n° 1736 et 1737 (1888), monument vers 1888-1889.
Le tombeau familial est une chapelle néo-gothique à l'entrée (porte en ferronnerie) encadrée d'arcs brisés surmontés de gâbles 
entourant deux anges en prière et qui est couverte d'un dôme surmonté d'une croix.







- Plateau Grosso, deuxième rangée, côté sud, GARIBALDI Joseph (?-?, actif des années 1880 aux années 1910),
 Monument de la Famille Auguste B., concession n° 2257 de 1892 mais monument de "1895".
"L'exécution en est due à M. Joseph Garibaldi, de Carrare, professeur de sculpture, qui a obtenu plusieurs médailles à Paris, en 1889 (...) Il se compose d'une Madeleine agenouillée au pied d'une croix et tenant une couronne à la main", extrait d'un article publié dans Le Petit Niçois du 2 novembre 1898 (Archives Départementales des Alpes-Maritimes, document en ligne).
Le monument est constitué à sa base d'un sarcophage sur pieds, orné de palmes, d'un sablier ailé et d'un chrisme puis d'une haute stèle gravée ("Famille - Aug. B. - 1895") surmontée de la figure de Marie-Madeleine (d'ailleurs dans l'axe-même de la Chapelle du Cimetière dédiée à la sainte, symbole de Repentir [pécheresse], de Foi [fidèle du Christ], de Douleur [face à la mort du Christ] et d'Espérance [témoin de la Résurrection du Christ]).



- Anges et Saint-Pierre dominant le gâble de la chapelle de la Famille Joseph V., sculpteur inconnu, 
deuxième rangée centrale, côté sud, concession n° 4812, 1906 mais monument de 1906-1907,
photographies numlériques couleur, décembre 2017.



- Plateau Grosso, troisième rangée centrale, côté nord, sculpteur inconnu, Monument de la Famille Elisa ("Lisette") B. (1902-1906),
concession n° 4765 (1906), monument vers 1906-1907.
Dominant la dalle timbrée d'une grande croix latine horizontale, la fillette, en habits et chaussures d'époque,
 se tient debout en tête de tombe, adossée et accoudée à un élément d'arcitecture,
photographies numériques couleur, novembre-décembre 2017.



- Plateau Grosso, vue sud-est/nord-ouest, deuxième (revers), troisième et quatrième rangées, avec de gauche à droite :
la Chapelle Joseph V. (1906-1907), le Buste de Victoire C. (1906-1907), la fillette Lisette B. (1906-1907)
puis la stèle avec le Buste d'Auguste G. (1883-1884) et dans l'angle, le Buste de Vittorio G. (vers 1871),
photographie numérique couleur, décembre 2017.