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samedi 26 novembre 2016

619-EUGÈNE DEGAND (1829-1911), PHOTOGRAPHE À NICE-7




- DEGAND Eugène (1839-1911), Nice - Restaurant de la Réserve, vers 1875,
carte cabinet, tirage albuminé de 15x9,6 cm contrecollé sur carton épais de 16,5x10,9 cm, Collection personnelle.
[N.B. : la datation des photos proposées et l'étude des lieux photographiés seront détaillées dans un prochain article].


VOIR LE DÉBUT DE CET ARTICLE



La ville de Nice et ses environs ont été photographiés dès les années 1850 par des photographes voyageurs et par des photographes natifs de la région. Eugène Degand (1839-1911) fait partie de la deuxième génération de photographes nationaux (années 1860-1880). Il s'installe à Nice en 1863 et est signalé dans les annuaires niçois comme peintre dès 1865 mais comme photographe seulement à partir de 1873. 

Il appartient à la première génération des photographes niçois dont font partie les portraitistes et paysagistes comme Pierre Ferret (1815-1875), Michele Schemboche (ca1828-1908), Alberto Pacelli (1821-après 1884), Luigi Crette (1823-1872), Miguel Aleo (La Havane, 1824 - après 1885 ?), Joseph Silli (c1838-après 1905), Charles Nègre (Grasse, 1820 - Grasse1880), Jean Walburg de Bray (Orléans, 1839-Nice, 1901 - voir l'article de ce blog sur Jean Walburg de Bray)...


Malgré des noms peu connus du grand public, certains de ces photographes ont joué un rôle national dans la vulgarisation de la pratique photographique et même dans la mise au point des procédés chimiques. 
Ainsi Charles Nègre, originaire de Grasse, avec une formation de peintre qu'il complète à Paris, s'intéresse-t-il à la technique photographique dès ses débuts, reçoit-il des commandes publiques et met-il au point un procédé héliographique breveté en 1856 avant de revenir dans sa région natale pour raison de santé et d'y occuper dès 1863 un poste de professeur à l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Nice. 
C'est le cas également d'Alphonse Davanne, ingénieur chimiste de formation, intéressé notamment par les techniques de développement et de fixation de l'image photographique positive et par la mise au point du soufflet tournant des appareils de voyage. Il est l'un des membres fondateurs de la Société Française de Photographie en 1854 (et son Président de 1867 à 1901) et il va s'associer à Nice avec Miguel Aleo dès le début des années 1860.

Il est probable qu'Eugène Degand se soit initié à la photographie à Paris, dans la fin des années 1850 ou le tout début des années 1860. Je n'ai pas connaissance de photographies parisiennes réalisées par lui mais il est probable qu'une partie de sa production reste inconnue, a disparu ou n'est pas identifiée. Ses clichés des années 1866-1870, qui sont les plus anciens connus, montrent d'emblée une déambulation sur l'ensemble de la Côte d'Azur, avec des paysages urbains et naturels. Ses photographies niçoises montrent d'ailleurs davantage la ville neuve et les nouvelles réalisations urbaines que les monuments anciens et reflétent davantage le tourisme hivernal des étrangers que la vie locale des niçois.

Eugène Degand a pris soin d'identifier la plupart de ses photos par un cachet au verso (voir l'article 1) sauf, semble-t-il, ses vues stéréoscopiques. Au recto, il n'y a parfois aucune indication ou seulement un titre, d'abord manuscrit puis imprimé à partir des années 1880.





Ses photographies sont contrecollées sur un carton bordé d'un liseré rouge (simple ou double) qui peut également présenter au recto les mentions en capitales de son nom et de son adresse, le plus souvent seuls et plus rarement encadrant le titre. Dans ce cas, sont écrits, en rouge, "E. Degand" (en bas à gauche) et "Nice" (en bas à droite) et en noir le titre qui dès 1880 occupe le centre de la partie basse avec des caractères rectilignes, gras et en italique, et qui deviennent droits au tournant des années 1890.









Ses photographies panoramiques (30x20 cm) de la Côte d'Azur portent pour leur part un texte fin et noir indiquant à gauche, "E. Degand - Vues et Portraits", et à droite l'adresse de son magasin à Nice, "rue Paradis", précédée du numéro "6" (vers 1866-1875 puis vers 1888-1890) ou du numéro "8" (vers 1880-1887).







Les photographies qu'il réalise l'été dans la région d'Annecy, en collaboration avec le photographe suisse Auguste Pittier, montrent des versos identiques mais des rectos généralement plus sobres, sans indication ou portant seulement la mention du titre manuscrit ou imprimé de façons diverses. Quelques exemples montrent à nouveau cependant les mentions en caractères rouges, "E. Degand" et "Nice".

Ces remarques doivent cependant être nuancées par le fait que certaines de ses photographies (annéciennes notamment) sont éditées par d'autres que lui (comme Auguste Pittier) dans des collections qui peuvent ne pas indiquer son nom parmi les mentions écrites.

Enfin, il existe toute une part importante de tirages albuminés d'Eugène Degand, sur carton ou non, regroupés par les voyageurs de l'époque dans des albums personnels où ils ont été mêlés à des photographies représentant d'autres régions et pays et prises par d'autres photographes. La plupart du temps, ces photographies d'albums personnels (actuellement découpées et en vente sur Internet à des prix variant entre 15 € et 150 € chacune) indiquent le titre mais pas le nom de leur auteur ; elles ne peuvent donc être identifiées avec certitude que lorsqu'une photo identique en tous points, et pour sa part identifiée, est connue.



- DEGAND Eugène (1839-1911), Vue de Menton, vers 1880-1882,
carte de visite, tirage albuminé de 10,5 x 6 cm contrecollé sur carton épais de 11,8 x 7,2 cm, Collection personnelle.



C'est le premier problème que j'ai rencontré au début de cette recherche. Eugène Degand a photographié les mêmes endroits de la Côte d'Azur et de la ville de Nice pendant plusieurs décennies, faisant plusieurs clichés la même année, le même mois et le même jour et recadrant parfois de plus ses clichés, ce qui oblige à la plus grande prudence avant de pouvoir affirmer qu'il s'agit bien d'un cliché identique.



- DEGAND Eugène (1839-1911), Nice - Avenue de la Gare, vers 1884-1885,
carte cabinet, tirage albuminé de 15x9,6 cm contrecollé sur carton épais de 16,5x10,9 cm, Collection personnelle.
La prise de vue peut être datée entre 1878 et 1885. Le cachet anglais au verso implique pour sa part une date vers 1884 au plus tôt.



Enfin, et c'est le deuxième problème rencontré, Eugène Degand a côtoyé les autres photographes niçois et il a collaboré avec certains d'entre eux (comme Jean Walburg de Bray ?) ; ces derniers ont photographié pendant de nombreuses années également, les mêmes endroits emblématiques, du même point de vue, avec des résultats très proches (mêmes formats, mêmes cartons, mêmes titres). En cas d'absence de nom et de cachet, l'attribution d'une photographie à son auteur ne repose plus que sur quelques détails et notamment les aspects du titre qui restent encore à répertorier.